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Pour un Kurdistan indépendant unifié ! Le contre-coup d’Etat d’Erdogan en Turquie - L’armée turque se jette dans la mêlée en Syrie

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Moins d’un mois après être sorti victorieux de la tentative de coup d’Etat du 15 juillet dernier, le président-autocrate turc Recep Tayyip Erdogan a ordonné à son armée de pénétrer en Syrie. Le 24 août, après deux jours de préparation d’artillerie, un petit détachement de soldats et de chars turcs a franchi la frontière syrienne en direction de la ville frontalière de Jarabulus, venant soutenir l’« Armée syrienne libre » soutenue par la Turquie. Jarabulus était tenue par l’Etat islamique (EI), qui l’a évacuée face à l’offensive conduite par la Turquie.
La cible officielle de l’opération Bouclier de l’Euphrate est l’EI, et les Etats-Unis ont mené des frappes aériennes pour appuyer l’incursion turque. Mais son objectif principal est de chasser de cette zone les combattants kurdes des Unités de protection du peuple (YPG), aile militaire du Parti de l’union démocratique (PYD) et alliés des Etats-Unis. Alors qu’elle pénétrait en Syrie, la Turquie a effectué plusieurs frappes aériennes et tirs d’artillerie contre des positions du PYD/YPG. Le PYD/YPG est l’organisation sœur syrienne du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), basé en Turquie. Les forces turques mènent depuis un an une offensive sanglante contre le PKK en Turquie, où l’oppression des Kurdes est un des fondements du nationalisme et du régime bourgeois turcs.
Dans le chaos sanglant de la guerre civile syrienne, le PYD/YPG a réussi à se tailler un territoire composé de deux régions semi-autonomes disjointes au Nord-Est et au Nord-Ouest de la Syrie. Les YPG tentent ces derniers mois de relier ces deux régions, y compris en en chassant des populations arabes et turkmènes. La Turquie refuse toute forme d’indépendance pour le Rojava (le terme kurde qui désigne le Kurdistan syrien) et elle s’est positionnée entre ces deux enclaves kurdes pour empêcher qu’elles ne deviennent contiguës.
De leur côté, les Etats-Unis sont d’accord avec la Turquie pour refuser que les deux régions tenues par les Kurdes ne se rejoignent, tout en continuant à soutenir le PYD/YPG, qui est devenu l’allié le plus fiable de l’impérialisme américain dans sa guerre contre l’EI. Lors de sa visite à Ankara le 24 août dernier, le vice-président américain Joe Biden a intimé l’ordre aux YPG de se retirer à l’Est de l’Euphrate, menaçant même d’arrêter l’aide militaire américaine si elles n’obtempéraient pas. Cette menace confirme que la politique des Etats-Unis a toujours été de s’opposer à l’indépendance kurde.
La visite de Biden avait pour but de ressouder les relations américano-turques, qui étaient déjà tendues avant le coup d’Etat et se sont depuis encore dégradées. Ces tensions sont en grande partie dues à l’alliance contre l’EI entre les Etats-Unis et le PYD/YPG. Washington a qualifié d’« inacceptables » les affrontements entre la Turquie et les nationalistes kurdes. Un haut responsable américain insiste à propos du bombardement par la Turquie des forces des YPG que les Etats-Unis « n’ont pas été impliqués dans ces actions, elles n’étaient pas coordonnées avec les forces américaines, et nous ne les soutenons pas ». Les Etats-Unis continuent leur numéro d’équilibriste entre deux ennemis jurés, un allié (la Turquie) et un supplétif (le PYD/YPG), ce qui exacerbe les tensions avec Ankara.
La Turquie est membre de l’OTAN et alliée historique des Etats-Unis ; elle constituait une base d’opération stratégique contre l’Union soviétique pendant la guerre froide. Depuis l’effondrement de l’Union soviétique en 1991-1992, les Etats-Unis comptent sur la Turquie, souvent présentée comme un régime musulman sunnite « stable » et « modéré », pour jouer le rôle de gendarme régional. En même temps, la Turquie est une puissance régionale ayant ses propres intérêts, qui ne coïncident pas toujours avec ceux de Washington.
Ankara souhaite voir le président syrien Bachar Al-Assad, qui appartient à la minorité alaouite, remplacé par un régime à base sunnite qui lui servirait de point d’appui pour étendre l’influence de la Turquie dans la région. Après le déclenchement de la guerre civile syrienne, et alors même qu’elle prétendait s’opposer à l’EI, la Turquie a ouvert ses frontières au flot de djihadistes qui voulaient rejoindre la Syrie, et elle leur a fourni une aide financière et militaire. Mais, en juillet 2015, elle a donné aux Etats-Unis l’autorisation de mener des opérations contre l’EI depuis la base militaire d’Incirlik ; en échange Ankara a obtenu le feu vert des Etats-Unis pour mener des frappes aériennes contre le PKK dans le Nord de l’Irak. Depuis cette date, l’EI a revendiqué une série d’attentats-suicides en Turquie. Alors que les Etats-Unis et la Russie sont en train de négocier sur la question de la guerre civile en Syrie, le régime d’Erdogan veut s’assurer qu’il aura son mot à dire sur le résultat, y compris en se jetant dans la mêlée en Syrie.
Dès avant la tentative de coup d’Etat, Erdogan manœuvrait pour consolider sa position dans la région, notamment en prenant l’initiative d’un rapprochement avec la Russie. Les relations russo-turques avaient été gravement compromises fin 2015 quand la Turquie avait abattu un avion de combat russe au-dessus du Nord de la Syrie. Il est significatif que Moscou ait été la première capitale visitée par Erdogan après le coup d’Etat ; on dit qu’il a reçu à cette occasion l’assurance de Poutine que la Russie ne s’attaquerait pas aux forces turques si celles-ci pénétraient en Syrie. Bien que la Turquie et la Russie aient des intérêts divergents en Syrie, où la Russie soutient militairement le régime d’Assad, toutes les deux (comme les Etats-Unis) sont d’accord pour préserver « l’intégrité territoriale » de la Syrie, c’est-à-dire pour s’opposer à un Rojava indépendant.
Dans la guerre civile syrienne, tous les protagonistes mènent une guerre réactionnaire et intercommunautaire, et en tant que marxistes nous ne soutenons aucun camp, y compris dans les affrontements qui opposent entre eux les alliés turcs et les fantoches kurdes de Washington. Là où nous prenons un côté, c’est contre les Etats-Unis et les autres puissances impérialistes. C’est pourquoi, alors même que nous abhorrons et rejetons tout ce que représentent les tueurs fanatiques de l’EI, nous sommes pour la défense militaire de l’EI contre les Etats-Unis et leurs supplétifs, y compris les YPG. Tout coup porté à l’impérialisme américain coïncide avec les intérêts des masses laborieuses et opprimées du monde entier. En même temps, bien que nos ennemis principaux soient les impérialistes, nous nous opposons aussi aux autres puissances capitalistes impliquées dans le conflit syrien, comme la Turquie, la Russie et l’Iran, et nous exigeons leur retrait de Syrie.
Erdogan contre-attaque
En Turquie même, Erdogan a déclaré avec à-propos que la tentative de coup d’Etat était « un cadeau de Dieu » et il s’en est servi pour consolider son pouvoir. La vague de répression qu’il a déclenchée ne vise pas seulement ceux que le gouvernement accuse d’être derrière le coup d’Etat (l’ex-allié islamiste d’Erdogan Fethullah Gülen et ses partisans), elle vise aussi à museler toute critique. Le nombre d’arrestations est tel que le gouvernement a libéré près de 34 000 détenus condamnés à de courtes peines afin de faire de la place dans les prisons pour ceux qui ont été arrêtés au lendemain du coup d’Etat avorté. Comme nous l’expliquions dans notre article « Coup d’Etat manqué en Turquie : deux camps ennemis des travailleurs » (le Bolchévik n° 217, septembre) : « Nous ne savons pas qui étaient les putschistes, mais une chose est claire : la seule position conforme aux intérêts des travailleurs était de s’opposer à la fois au régime d’Erdogan et au coup d’Etat. »
Pour la première fois depuis le coup d’Etat militaire de 1980, l’état d’urgence a été décrété dans tout le pays, ce qui signifie qu’Erdogan peut se passer de l’accord du Parlement pour imposer de nouvelles lois et mesures restrictives. Le gouvernement menace ouvertement de rétablir la peine de mort. Des dizaines de milliers de personnes ont été chassées de l’armée et de la magistrature. Des milliers d’autres ont été licenciées dans les écoles et les universités. Plus de 130 médias ont été fermés et plus de 150 journalistes ont été arrêtés. Au moins 19 syndicats, accusés d’avoir des liens avec Gülen, ont été interdits. Erdogan multiplie les attaques visant des dirigeants et députés du Parti démocratique du peuple (HPD), un parti prokurde ; plusieurs d’entre eux ont été arrêtés et des poursuites pour « propagande terroriste » ont été engagées contre deux parlementaires.
La tentative de coup d’Etat a aussi fourni au Parti de la justice et du développement (AKP), le parti au pouvoir dirigé par Erdogan, une occasion d’accélérer la mise en place de son programme islamiste. Les partisans intégristes d’Erdogan, qui ont été appelés à descendre dans la rue la nuit du coup d’Etat depuis les nombreux minarets qui couvrent la Turquie, continuent de patrouiller dans les rues d’Istanbul, d’Ankara et d’autres villes du pays. Les femmes habillées à l’occidentale rapportent qu’elles subissent quotidiennement harcèlement et agressions, et les quartiers où vivent les minorités kurde et alévi sont la cible d’attaques. On a retrouvé le 8 août à Istanbul le corps de Hande Kader, une militante transgenre de 23 ans ; on l’avait violée et mutilée avant de brûler son corps. Une manifestation a eu lieu à Istanbul pour dénoncer le meurtre de Hande Kader, qui s’inscrit dans une série d’agressions visant des homosexuels et des transexuels.
Depuis leur arrivée au pouvoir en 2002, les « islamistes modérés » de l’AKP introduisent un programme d’islamisation. Erdogan l’expliquait ainsi à l’époque où il était maire d’Istanbul, dans les années 1990 : « Notre unique but est un Etat islamique. » La Turquie compte aujourd’hui près de 90 000 mosquées, soit une pour 900 habitants, et davantage d’imams que de médecins ou d’enseignants. Pendant son premier mandat de Premier ministre, Erdogan a essayé, sans succès, de faire de l’adultère un délit puni par la loi. Il a fait la leçon aux femmes qu’elles devaient avoir au moins trois enfants et il s’est élevé à de nombreuses reprises contre les droits des homosexuels. Son gouvernement a imposé des restrictions à la vente et à la publicité pour les boissons alcoolisées, encourageant ainsi les groupes de nervis intégristes, dont les attaques visant des bars et autres établissements vendant de l’alcool deviennent de plus en plus fréquentes ces dernières années.
Si Erdogan a pu consolider son pouvoir, c’est notamment parce qu’il a extraordinairement réussi à purger l’armée et autres institutions de l’Etat. Depuis la fondation de la république turque en 1923, l’armée s’est toujours présentée comme le défenseur de la laïcité. En 1960, en 1971 et en 1980, les coups d’Etat qu’elle a menés ont été suivis d’une répression sanglante contre le mouvement ouvrier, les militants de gauche et les Kurdes. L’armée s’est mobilisée en 1997 dans la rue et elle a contraint à la démission le gouvernement du précurseur de l’AKP. Erdogan, surtout à partir de 2008 quand il était Premier ministre, a commencé une purge systématique des officiers laïques, considérés comme une menace pour son autorité. Comme nous l’écrivions dans notre article « Les protestations font vaciller le régime islamiste en Turquie » (le Bolchévik n° 205, septembre 2013), « aujourd’hui l’armée est subordonnée aux islamistes ».
Le Premier ministre Erdogan et l’AKP ont aussi mené des purges dans la police et la magistrature. C’est dans le contexte de ces purges que des partisans de Gülen, allié à l’époque à Erdogan, et son mouvement Hizmet (Service) ont mis la main sur des postes de décision dans ces institutions ainsi que dans l’armée. Mais en 2013, une fois les forces laïques neutralisées, l’AKP et Hizmet se sont brouillés. Quand des partisans de Gülen ont fait arrêter pour corruption plusieurs personnalités de premier plan alliées à Erdogan, le Premier ministre s’en est pris au Hizmet en lançant une série de purges, qui se sont considérablement accélérées suite au coup d’Etat avorté. Le régime réclame maintenant à Washington l’extradition de Gülen, qui vit aux Etats-Unis depuis 1999 ; les Etats-Unis n’ont toujours pas donné de réponse officielle.
Pour sa part, l’administration Obama sermonne hypocritement le régime Erdogan en lui demandant de respecter « les principes démocratiques » en réponse au coup d’Etat. Mais ce qui inquiète réellement Washington, c’est que les purges massives dans l’armée vont affaiblir l’influence américaine au sein des forces armées turques, la deuxième armée de l’OTAN en termes d’effectifs. Comme l’expliquait un article publié le 16 août dernier sur nbcnews.com :
« Parmi ceux qui ont été éliminés depuis un mois figure un groupe d’officiers pro-américains et pro-OTAN que les experts appellent les “atlantistes”. Ils avaient joué un rôle déterminant pour convaincre Erdogan de laisser les avions de combat et les drones américains utiliser la base aérienne d’Incirlik pour frapper des cibles de l’EI dans le Nord de l’Irak et de la Syrie. « Ces officiers étant maintenant en disgrâce, Washington pourrait perdre de son influence au lendemain de la purge décrétée par Erdogan. »
Quand le général Joseph Votel, commandant en chef des forces américaines au Proche-Orient, s’est plaint que beaucoup des officiers turcs avec qui Washington était en contact avaient été purgés, Ankara l’a sèchement rabroué. Certains responsables turcs ont accusé les Etats-Unis d’être derrière le coup d’Etat, ce que, bien sûr, Washington dément. Erdogan a répondu à Votel de se mêler de ce qui le regarde.
Il faut un parti ouvrier léniniste en Turquie
Erdogan jouit d’une réelle popularité dans la bourgeoisie provinciale d’Anatolie ainsi qu’auprès des masses rurales et dans les bidonvilles. En même temps, la société turque reste profondément polarisée. Les manifestations massives qui ont secoué le pays en 2013 ont rassemblé trois millions et demi de personnes. Ces manifestations avaient été provoquées par de violentes attaques de la police contre les rassemblements de protestation visant un projet immobilier dans le parc Gezi, à proximité de la place historique de Taksim dans le centre d’Istanbul. Ces manifestations reflétaient la profonde hostilité envers le régime islamiste d’une couche de la jeunesse issue des classes moyennes urbaines éduquées. Un certain nombre d’ouvriers membres des syndicats turcs, qui sont politiquement divisés, ont également pris part à ces manifestations, ainsi que des membres de la minorité nationale kurde opprimée. Finalement, le gouvernement est parvenu à écraser le mouvement par une répression brutale et en jouant sur l’hostilité largement répandue envers les Kurdes.
La Turquie est l’un des rares pays du Proche-Orient possédant un prolétariat industriel significatif. Cependant, moins de 10 % des travailleurs sont syndiqués, résultat notamment de la défaite massive qu’avait subie le mouvement ouvrier avec le coup d’Etat militaire de 1980, suivi de trente ans de répression brutale. La Confédération des syndicats progressistes (DISK), un syndicat de gauche, avait par exemple été interdite en 1982.
Mais la classe ouvrière n’a pas été sans réagir aux attaques ces dernières années. En mai 2015, plus de 20 000 ouvriers de l’automobile de Bursa, Ankara et plusieurs autres villes ont mené une série de grèves sauvages pour des augmentations de salaires, contre un accord qu’avait conclu le patronat avec Türk Metal, le principal syndicat de l’automobile. Outre l’augmentation des salaires, les grévistes réclamaient le droit d’adhérer au syndicat de leur choix, ce qui reflétait la colère accumulée contre la direction bureaucratique de Türk Metal. A la fin de cette vague de grèves, plusieurs milliers d’ouvriers avaient quitté Türk Metal pour rejoindre le syndicat de la métallurgie affilié à la DISK.
En réaction au coup d’Etat, la DISK a publié le 22 juillet un communiqué dénonçant à juste titre l’état d’urgence ; il précisait que de telles mesures sont « synonymes d’assassinats extra-judiciaires, de massacres, de disparitions en détention et de tortures ». Elle lançait une mise en garde : « Il est clair également que les droits des travailleurs sont gravement menacés par l’état d’urgence. » Mais la DISK affirme dans sa déclaration que « la solution est la démocratisation ». Il faut combattre l’attaque du gouvernement contre les droits démocratiques. Mais il faut comprendre que la démocratie capitaliste – toujours précaire et fragile en Turquie – est une couverture pour la dictature de la bourgeoisie, dont la domination repose nécessairement sur l’exploitation et l’oppression d’une grande partie de la population.
Le prolétariat doit prendre la tête de tous les exploités et opprimés dans la lutte pour renverser la domination capitaliste. C’est une question vitale. Dans cette perspective, il faut forger un parti ouvrier léniniste luttant pour arracher la classe ouvrière turque à la réaction religieuse, au chauvinisme turc et à toutes les formes de nationalisme. Un tel parti mènerait la lutte pour la libération des femmes par la révolution prolétarienne et pour l’autodétermination des Kurdes, sans quoi le combat pour le pouvoir ouvrier en Turquie n’est guère concevable.
A bas la guerre de la Turquie contre le peuple kurde !
Qu’elle soit laïque ou religieuse, l’élite dirigeante turque est unie pour réprimer les aspirations nationales des Kurdes. Depuis août 2015, plusieurs villes et localités kurdes au Sud-Est de la Turquie ont été transformées en champs de ruines par les chars et l’artillerie lourde turcs. En quelques mois, des centaines de civils ont été tués et plus de 350 000 personnes ont été déplacées quand le régime a lâché sa soldatesque contre le PKK. Erdogan a juré qu’il attaquerait le Kurdistan turc jusqu’à ce qu’il soit « complètement nettoyé » des « terroristes » du PKK. C’est une sinistre menace.
Cizre, une ville kurde de plus de 100 000 habitants dans la province de Sirnak, est l’une des plus durement touchées. Entre le 14 décembre 2015 et le 2 mars 2016, cette ville a été soumise au couvre-feu et interdite d’accès. Quand le siège a été levé, 160 civils avaient été tués. Peut-être le pire massacre à ce jour dans cette guerre a été commis par les forces de sécurité turques qui ont tué 130 personnes, des civils désarmés et des combattants blessés pris au piège dans les sous-sols de trois immeubles. Ce n’était que le dernier carnage en date d’une série d’attaques qui depuis 1984 ont coûté la vie à plusieurs dizaines de milliers de Kurdes. Le prolétariat international doit absolument prendre position pour la défense militaire du PKK contre la Turquie et exiger le retrait du Kurdistan de toutes les forces turques.
L’offensive actuelle contre le Kurdistan turc s’inscrit dans le contexte de la défaite humiliante qu’a subie l’AKP aux élections de juin 2015. Non seulement il n’a pas réussi à obtenir une majorité de députés, mais le parti prokurde HDP a recueilli plus de 13 % des voix, dépassant ainsi le seuil des 10 % nécessaire pour obtenir des sièges au parlement. Le HDP est un parti nationaliste petit-bourgeois à qui son vernis progressiste a permis d’obtenir le soutien de bon nombre de Turcs laïques, libéraux ou de gauche. Encore plus humiliant pour Erdogan : malgré son soutien aux droits des femmes et des homosexuels, le HDP a réussi à attirer à lui une partie considérable de la base kurde socialement conservatrice de l’AKP, qui en voulait à Erdogan parce qu’il avait refusé, en 2014, de laisser les combattants kurdes rejoindre Kobané, une ville kurde syrienne alors assiégée par l’EI.
Le régime a réagi au vote de juin 2015 en appelant à de nouvelles élections en novembre de la même année. Il a fait passer à la trappe le cessez-le-feu conclu en 2013 avec le PKK, qui battait déjà de l’aile du fait des succès militaires du PYD/YPG en Syrie, et il a énormément intensifié son offensive contre les Kurdes pour pousser à son paroxysme le chauvinisme turc. Cette escalade a été marquée par une série de violentes attaques contre le HDP et ses partisans, y compris des attentats à la bombe imputés à l’EI. En juillet 2015, un attentat-suicide contre un rassemblement de militants principalement kurdes dans la ville frontalière de Suruç a fait plus de 30 morts et plus de 100 blessés. En septembre, des bandes de nervis ont attaqué et incendié dans tout le pays des locaux du HDP et des commerces appartenant à des Kurdes. Cette violence a culminé avec deux attentats-suicides en octobre à Ankara lors d’un rassemblement pour la paix organisé par plusieurs groupes de gauche, des syndicats ouvriers et le HDP, faisant au moins 128 morts.
Le pari du régime a été payant. L’AKP a obtenu une majorité au parlement aux élections de novembre 2015, notamment en attirant d’anciens électeurs du Parti d’action nationale (lié au groupe fascisant des « Loups gris ») en le battant à son propre jeu sur le terrain d’un nationalisme turc hystérique.
Les Kurdes constituent la plus grande nation sans Etat du Proche-Orient. Au nombre de 25 à 35 millions, ils habitent la région montagneuse à cheval sur les frontières entre la Turquie, la Syrie, l’Irak et l’Iran. La moitié vit en Turquie, où l’oppression des Kurdes est un ciment liant les masses turques, y compris une part importante du prolétariat, à la classe dirigeante sanguinaire de ce pays.
Pour que le prolétariat de Turquie puisse un jour se libérer de l’exploitation capitaliste, il faut qu’il s’oppose au chauvinisme antikurde et qu’il prenne fait et cause pour l’autodétermination des Kurdes. Nous cherchons à gagner la classe ouvrière turque à la lutte pour un Kurdistan indépendant unifié dans le cadre de la lutte pour une république socialiste d’un Kurdistan unifié dans une fédération socialiste du Proche-Orient. Défendre le droit à l’autodétermination des Kurdes empêcherait l’impérialisme américain de manipuler les aspirations de ceux-ci afin de dominer encore davantage cette région, et cela contrecarrerait les manœuvres sordides des nationalistes kurdes eux-mêmes. C’est seulement en combattant toutes les manifestations de chauvinisme turc et d’oppression nationale que le prolétariat turc ouvrira la voie à une lutte conjointe avec les travailleurs kurdes contre leurs exploiteurs et leurs oppresseurs capitalistes communs.
Nous soutenons aussi l’indépendance des Kurdes vis-à-vis des différents Etats capitalistes (par exemple le droit des Kurdes de Turquie à faire sécession). Mais en Irak et en Syrie, les nationalistes kurdes subordonnent actuellement à leur alliance avec l’impérialisme américain le juste combat pour l’autodétermination. Ce crime des nationalistes, c’est le peuple kurde opprimé depuis si longtemps qui en paiera le prix.
Peu après que les dirigeants kurdes se furent ralliés à la guerre impérialiste contre l’EI, nous avons lancé cette mise en garde : « En vendant ainsi leur âme aux impérialistes ainsi qu’aux différents régimes bourgeois locaux, les dirigeants kurdes aident à perpétuer les stratagèmes de division qui ne peuvent qu’attiser les tensions intercommunautaires, nationales et religieuses et renforcer au bout du compte l’oppression des Kurdes eux-mêmes » (« A bas l’intervention impérialiste au Proche-Orient ! », le Bolchévik n° 210, décembre 2014). Aujourd’hui, au lendemain de l’incursion turque en Syrie, beaucoup de Kurdes craignent avec raison que leurs parrains impérialistes ne les trahissent encore une fois. Comme l’expliquait un article publié le 1er septembre dans le New York Times, « l’histoire enseigne aux Kurdes qu’ils sont le jouet des grandes puissances et qu’on se sert d’eux pour mener les batailles des autres, avant de les abandonner ».
Le nationalisme petit-bourgeois du PKK est une impasse
Nous sommes pour la défense militaire du PKK en Turquie mais nous sommes radicalement opposés à son programme nationaliste petit-bourgeois, qui est un obstacle à la libération des masses kurdes. Le PKK, qui s’est développé en réaction à l’oppression multiforme des Kurdes, a été fondé officiellement en 1978. Dirigé par Adbullah Öcalan (surnommé Apo, « oncle »), le PKK se prétendait « marxiste-léniniste », ce qui reflétait l’expérience urbaine d’Öcalan quand il était étudiant à Ankara, à une époque où les doctrines de Mao Zedong et de Che Guevara étaient populaires dans la jeunesse radicalisée. Malgré son discours, le PKK n’a jamais rien eu à voir avec le marxisme.
Öcalan rejette la lutte pour un parti léniniste révolutionnaire basé sur le prolétariat turc et kurde. Comme beaucoup de militants de gauche turcs et kurdes de la fin des années 1960 et du début des années 1970, il a choisi la voie guérilliste. Avec ses partisans, il s’est retranché dans les campagnes et s’est ainsi détourné des ouvriers combatifs d’Istanbul, Ankara, Sivas et Adana.
Les nationalistes petits-bourgeois du PKK mènent bien sûr depuis trente ans une lutte militaire héroïque contre l’armée turque, et ils bénéficient d’un soutien de masse dans la population kurde au Kurdistan turc, dans les centres urbains de l’Ouest de la Turquie et dans la diaspora en Europe de l’Ouest et ailleurs. Toutefois, le PKK utilise la guérilla simplement pour accéder à la table de négociations, où il espère faire pression sur la bourgeoisie turque pour obtenir des concessions. En 2013, alors qu’un accord de cessez-le-feu entre le régime d’Erdogan et le PKK était en vigueur, le Parti pour la paix et la démocratie, prédécesseur du HDP, a tardé à rejoindre les manifestations du parc Gezi car il ne voulait pas mécontenter le gouvernement turc. En réalité, les nationalistes kurdes colportaient l’illusion que le régime d’Erdogan pourrait être favorable à la cause du peuple kurde.
Particulièrement depuis la destruction contre-révolutionnaire de l’Union soviétique, le PKK a de plus en plus adapté sa politique au climat réactionnaire du monde postsoviétique, remplaçant ainsi son engagement formel pour l’indépendance du Kurdistan par la revendication d’une forme ou d’une autre d’« autonomie ». Mais l’autonomie régionale sous le capitalisme signifie que le pouvoir de décision reste entre les mains de l’Etat national. Comme le montre l’offensive en cours contre le PKK, même si un tel accord était signé, ce serait l’Etat turc et son armée qui détermineraient quels droits auraient ou non les Kurdes. Ceci ne conduira jamais à la libération nationale des Kurdes.
Tout en cherchant à obtenir des concessions de la part de l’Etat turc, les nationalistes kurdes appellent aussi les impérialistes occidentaux « démocratiques » à faire pression sur la Turquie. L’un des dirigeants du HDP, Selahattin Demirtas, a publié un article dans le numéro de juillet 2016 du Monde diplomatique où il décrit la brutalité des attaques d’Erdogan et de l’AKP contre le peuple kurde et les opposants au régime en Turquie. Mais son article est avant tout un appel adressé à l’Union européenne (UE) et à ses institutions pour leur demander de venir en aide aux Kurdes :
« L’Europe regarde ailleurs alors que des valeurs aussi universelles que la démocratie et les droits humains sont piétinées en Turquie. Les Européens s’inquiètent de la crise des réfugiés, tandis que les Américains se soucient surtout de la guerre contre l’Organisation de l’Etat islamique (OEI). Certes, ce sont des dossiers cruciaux. Mais pourquoi négliger la situation des Kurdes de Turquie, à laquelle ils sont étroitement liés ? On peine à comprendre ce silence devant les violations des droits fondamentaux par M. Erdogan et par l’AKP, qui utilisent les rescapés de la guerre en Syrie comme arme de chantage. »
Contrairement aux illusions des nationalistes kurdes, les impérialistes des Etats-Unis et de l’UE sont des ennemis des opprimés, y compris des Kurdes. L’Allemagne, puissance principale de l’UE, entraîne et arme de concert avec les Etats-Unis les escadrons de la mort de l’armée turque déployés au Kurdistan. Les Etats-Unis et l’UE ont emboîté le pas à la Turquie en qualifiant le PKK d’organisation « terroriste » et ils l’ont interdit. La CIA a joué un rôle clé dans la capture d’Öcalan par la Turquie en 1999. Nous exigeons la libération d’Öcalan et nous sommes contre les mesures d’interdiction visant le PKK. Plus fondamentalement, l’UE est un consortium de puissances capitalistes dont l’objectif est d’intensifier l’asservissement de la classe ouvrière dans toute l’Europe et d’imposer la domination des pays les plus faibles de l’UE par leurs suzerains impérialistes, notamment l’Allemagne. La LCI s’oppose depuis toujours à l’UE.
Les organisations réformistes comme le Comité pour une Internationale ouvrière (CIO) de Peter Taaffe [dont la section française est la Gauche révolutionnaire] et le groupe britannique Workers Power entretiennent les illusions dans les nationalistes kurdes. Ces deux groupes ont appelé à voter pour le HDP. La section turque du CIO a défendu le vote pour le HDP dans un article du 20 novembre 2015, publié sur son site internet, appelant la DISK, les autres fédérations syndicales et des groupes de gauche, « ensemble avec le HDP », à « organiser une conférence centrale sur l’initiative commune » pour construire un « bloc démocratique ». La Ligue pour la Cinquième Internationale de Workers Power a publié le 7 juin 2015 un article intitulé « Turquie : Voter HDP le 7 juin – Et ensuite construire un parti révolutionnaire ». Contrairement au CIO, Workers Power notait avec raison que « le HDP n’est pas un parti ouvrier mais une organisation petite-bourgeoise » – ce qui ne l’a pas empêché de voter quand même pour ce parti.
Nous défendons le HDP et ses dirigeants contre les attaques de l’Etat turc et nous exigeons la levée de toutes les inculpations à leur égard. Mais appeler à voter pour le HDP, c’est subordonner le prolétariat de Turquie à un parti petit-bourgeois dont le programme est par définition hostile aux intérêts historiques de la classe ouvrière. Appeler la classe ouvrière à soutenir des formations non prolétariennes « progressistes » et « démocratiques », comme le font depuis longtemps des réformistes en tout genre, a été dans l’histoire l’un des principaux obstacles à l’acquisition par la classe ouvrière d’une conscience de classe socialiste. Cela a pour effet de priver le prolétariat de son indépendance politique vis-à-vis de son ennemi de classe.
(cont. )
http://www.icl-fi.org/francais/lebol/218/turquie.html
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Les travaillistes ont préparé le terrain aux privatisations des tories - Grande-Bretagne: Il faut mobiliser les syndicats pour défendre la Sécu (Septembre 2013)

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Le Bolchévik nº 205 September 2013
25 mars – La loi sur la Sécurité sociale, qui a pris effet le 1er avril, promet d’être le plus important bouleversement du Service national de santé (NHS) en Angleterre depuis sa création. Pour la première fois depuis 1948, le gouvernement ne sera plus tenu par la loi de fournir des soins médicaux universels. Au lieu de l’« engagement à fournir » ce service social fondamental, le gouvernement s’engage maintenant à le « promouvoir » ; si ce changement dans les termes semble inoffensif, il masque un tournant fondamental vers le secteur privé. Le docteur Jacky Davis, coprésident de l’Association des consultants du NHS, a déclaré après que la loi avait été votée au parlement : « Nous n’avons plus de système national de santé. »
L’une des mesures les plus controversées de la nouvelle législation porte sur les Groupes de prise en charge clinique (CCG), qui contrôleront la part du lion dans le budget du NHS (environ 65 milliards de livres sterling sur 100 milliards pour l’année fiscale en cours). Les CCG décideront, soi-disant sur instruction du médecin traitant, de l’attribution des soins aux patients, y compris en les redirigeant vers des organismes privés et en refusant des soins qui ne correspondraient pas à une « nécessité raisonnable ». Une étude récente du British Medical Journal montre qu’un tiers des médecins traitants responsables de ces groupes de décision gèrent des sociétés médicales privées ou en détiennent des actions. Mais en réalité la plupart des médecins traitants n’ont ni le temps ni les connaissances pour « prescrire » des soins ; cette tâche reviendra donc à des consultants privés comme ceux de la société d’experts-consultants géante McKinsey. Sous prétexte de donner plus de responsabilité aux médecins traitants, les CCG ouvrent en fait la porte au basculement de milliards de livres du NHS vers des entreprises privées.
Le gouvernement prétend que les services du NHS resteront gratuits pour les usagers. Mais, comme le fait remarquer l’économiste politique Colin Leys, « c’est totalement trompeur. Ils oublient d’ajouter une condition essentielle : il faut que le service soit encore disponible au NHS. En réalité certains services, dont la liste s’allonge, ne seront plus disponibles, et donc ne seront plus gratuits » (Red Pepper, avril 2012). En fait ce processus a déjà commencé. La Caisse primaire d’assurance maladie de Croydon [au Sud de Londres] a dressé en 2006 dans un but d’économies une liste de 34 procédures qu’elle n’est plus tenue d’offrir aux patients ; cette liste comprenait les opérations de la cataracte, de la hanche ou du genou. La « liste de Croydon » se répand depuis petit à petit. On dit aux personnes dont la vie n’est pas menacée, mais qui souffrent d’affections douloureuses ou handicapantes, qu’elles doivent prendre en charge leur traitement si elles le peuvent ; sinon, tant pis pour elles. Certains médecins ont un nombre limité de patients qu’ils ont le droit d’envoyer à un spécialiste chaque semaine, quels que soient les besoins des patients. Des prescriptions pour consulter un spécialiste ont été interceptées et refusées par des « guichets de prescription ». La compagnie d’assurance santé américaine UnitedHealth, entre autres, est très connue pour contrôler soigneusement et parfois annuler les décisions des médecins traitants. Et comme de plus en plus de gens sont poussés vers le secteur privé pour se soigner, les revenus du NHS sont ponctionnés d’autant ; le NHS risque de devenir un dépotoir où l’on jette les pauvres et les malades chroniques.
Les travailleurs méritent mieux que cela !
Les fermetures d’hôpitaux se répandent dans tout le pays. Les urgences et maternités ferment ou sont réduites comme à l’hôpital de Lewisham dans le Sud de Londres. Malgré le fait qu’il était solvable, l’hôpital de Lewisham a été visé par un plan de restructuration lorsque la caisse voisine du NHS pour le Sud de Londres a été mise sous tutelle. Cette caisse traînait un remboursement de 60 millions de livres par an, une dette contractée en vertu des partenariats public-privé (PPP – Private Finance Initiatives ou PFI en anglais), qui font que des projets d’aménagement public sont financés par des emprunts privés. Le gouvernement cherche à réduire drastiquement le budget de la Santé de 20 milliards de livres d’ici 2015. Des coupes claires s’annoncent pour les hôpitaux, quand ce n’est pas la fermeture ou le déclassement. L’hôpital de Whittington dans le nord de Londres a annoncé un plan de réduction des dépenses comprenant 570 licenciements et la vente de plusieurs bâtiments à des entrepreneurs privés. Et des consultants d’une ancienne usine automobile du groupe Unipart ont déjà touché 500 000 livres pour trouver des économies.
L’écrivain scientifique Marcus Chown explique dans « Le grand hold-up du NHS » (opendemocracy.net, 31 janvier) : « Le gouvernement est en train de graduellement réduire le NHS à la disette financière. C’est un acte délibéré. Les hôpitaux sont à court d’argent – les remboursements de PPP en sont une cause majeure – et ils deviennent la proie de compagnies privées qui les rachètent. » Le rachat l’an dernier par la société privée Circle Holdings de l’hôpital Hinchingbrooke dans le Cambridgeshire, un hôpital du NHS menacé de fermeture, est considéré comme un prototype. Circle appartient à des sociétés et fonds d’investissement enregistrés aux îles Vierges, à Jersey et aux îles Caïman ; Circle a l’intention de faire 311 millions de livres d’économies et détruit des emplois. Parmi ceux qui cherchent à profiter de la privatisation des hôpitaux, on trouve Richard Branson, le magnat de Virgin, et Harmoni, qui possède déjà des cabinets médicaux dans beaucoup d’endroits.
La privatisation de la santé est si impopulaire que les porte-parole du gouvernement usent de termes comme « choix du patient » et autres expressions lénifiantes et abréviations à n’en plus finir pour tenter de masquer ce qu’ils sont en train de faire. De nombreux détails de la loi sur la Sécurité sociale sont encore en débat. Certaines réglementations destinées à mettre quasiment tous les services du NHS aux enchères ont provoqué un tollé et ont dû être amendées. Mais après chaque recul le gouvernement reprend l’offensive. Pour la bourgeoisie britannique le NHS représente des frais généraux malvenus – sans parler des profits faciles qu’offre la privatisation aux spéculateurs financiers de la City. Dans la mesure où la classe capitaliste s’intéresse à la santé de la population, cela se réduit à pouvoir disposer d’une main-d’œuvre en suffisamment bonne santé pour se faire exploiter et de soldats à envoyer dans les guerres et aventures impérialistes. En période de révolte sociale, les capitalistes peuvent bien sortir leur porte-monnaie pour apaiser la population, mais ils essayeront toujours de récupérer les concessions qu’ils ont faites.
Pour que les immenses richesses créées par le travail du prolétariat servent les besoins de l’humanité, il faut exproprier la bourgeoisie par des révolutions ouvrières et l’établissement d’un Etat ouvrier. Il faudra construire une économie collectivisée et planifiée, non seulement pour garantir les soins médicaux mais aussi tous les autres besoins fondamentaux de la vie, comme une alimentation équilibrée, un logement décent, des loisirs et le plein emploi. Pour y parvenir, il faut commencer par se battre pour défendre ce qu’on a déjà, aussi médiocre que ce soit – et le NHS est devenu un enjeu contesté. La solution n’est pas de faire pression sur le parlement ou de remettre les travaillistes au pouvoir aux prochaines élections. Les travailleurs de la santé, qui paient le plus lourd tribut aux réductions budgétaires, ont la puissance et l’intérêt pour jeter une vraie force sociale dans cette bataille. Leur lutte bénéficierait d’un énorme soutien et serait plus efficace qu’un million de pétitions. Mais elle est paralysée par les directions syndicales qui ont pour objectif politique de mettre le Parti travailliste au gouvernement. Ces dirigeants traîtres acceptent l’idée que les travailleurs doivent aider à payer la crise capitaliste, mais ils imaginent qu’ils pourraient négocier de meilleures conditions avec les travaillistes d’Ed Miliband.
La privatisation du NHS par les travaillistes
Andy Burnham, le ministre travailliste de la Santé dans le cabinet fantôme [dans l’opposition] a déclaré que le gouvernement essayait de « faire passer en force la privatisation du NHS par la petite porte » ; le ministre tory [conservateur] de la Santé l’a alors accusé de provoquer la peur. Mais si les travaillistes ont promis d’abroger la loi sur la Sécurité sociale, ouvrir le NHS à d’énormes intérêts privés était la politique du Parti travailliste bien avant l’arrivée du gouvernement conservateulibéral-démocrate. Comme l’écrivent Colin Leys et Stewart Player, « la réalité, c’est que les ministres de la Santé du Parti travailliste qui se sont succédé collaboraient étroitement avec le secteur privé et qu’ils avaient déjà presque entièrement édifié un marché de la santé. Le plan des tories ne fait qu’en accélérer l’étape finale et le rendre plus visible » (Red Pepper, octobre 2010). Leys conclut pourtant : « A moins qu’Ed Miliband et Andy Burnham ne reviennent au gouvernement et n’honorent leur promesse d’abroger la loi sur la Sécurité sociale, nous devons nous préparer à voir passer de plus en plus de services de santé, y compris les soins hospitaliers, aux mains d’entreprises pour le profit ; et cela ira inévitablement de pair avec une augmentation des coûts et une baisse de la qualité » (Guardian, 16 janvier). Quelles illusions persistantes envers les travaillistes ! Tout ce que montre Leys prouve que si les travaillistes gagnent les prochaines élections, ils poursuivront essentiellement la même politique de privatisation que les tories… sous un nom différent.
La politique consistant à délibérément créer un « marché interne » au NHS, élaborée dans les années 1980 sous Thatcher, a vu le jour sous le gouvernement Blair. Sous Blair et Brown, les caisses du NHS ont été graduellement transformées en « fondations » qui empruntent sur les marchés financiers, forment des entreprises communes avec des sociétés privées et établissent leurs propres règles d’embauche. Si une fondation perd de l’argent, elle est fermée ou reprise. La caisse de l’hôpital NHS du Mid Staffordshire a sabré 10 millions de livres dans son budget en 2006-2007 pour acquérir le statut de fondation. C’est comme une histoire d’horreur sur un hospice pour les pauvres de l’époque victorienne : entre 400 et 1 200 personnes sont décédées pour rien à l’hôpital de Stafford entre 2005 et mars 2009 ; beaucoup d’entre elles s’étaient vu refuser des médicaments contre la douleur ; certaines n’avaient pas été lavées pendant un mois. L’alimentation des malades était laissée aux bons soins des membres de la famille, mais beaucoup avaient faim. Les travaillistes au pouvoir ont rejeté les demandes persistantes des familles à ce qu’il y ait une enquête. Le gouvernement conservateur-libéral en a mené une, et il en tire maintenant parti avec cynisme pour populariser son projet pour le NHS.
Le Parti travailliste a supervisé la création de « Centres de traitement indépendants » (des institutions privées) pour pratiquer la chirurgie facultative peu risquée. Si ceux-ci ont réduit le temps d’attente pour des opérations qui vous changent la vie, comme la prothèse de hanche (une opération dont le NHS était en fait pionnier), ils ont aussi garanti un revenu minimum pour des entreprises privées. Des millions de livres ont été payées par le NHS pour des opérations qui n’ont jamais été pratiquées. Le gouvernement Blair a aussi créé le « Réseau de choix étendu » qui permet aux centres privés de traiter les patients du NHS pour une somme rondelette. Dans ces deux cas, des institutions privées étaient libres de choisir les patients qui leur rapporteraient le plus ; les hôpitaux du NHS, eux, étaient aux prises avec les dettes, les réductions de personnel et les fermetures de services, et ils se voyaient menacés de fermeture s’ils ne prouvaient pas leur « viabilité » financière.
Les travaillistes au gouvernement sont également responsables de l’augmentation phénoménale des PPP dans tout le secteur public. Les PPP permettent au gouvernement d’emprunter des sommes massives tout en gardant ces dettes en dehors de leur bilan financier. Les PPP sont apparus sous les tories en 1992, mais ils sont devenus sous les travaillistes la seule manière de financer la construction de nouveaux hôpitaux et de nouvelles écoles. Les PPP transforment les fonds publics en vache à lait pour les géants de la construction comme Balfour Beatty de même que pour les prêteurs internationaux. Décrits parfois comme « un hôpital pour le prix de deux », les PPP ne sont même pas cela : il s’agit de payer des sommes exorbitantes pour des équipements qui peuvent bien ne jamais revenir au secteur public. Aujourd’hui le NHS doit 65 milliards de livres empruntées dans le cadre de PPP ; les remboursements d’emprunts et d’intérêts augmentent de 18 % par an et peuvent représenter plus de 10 % des revenus annuels d’une caisse d’hôpital. On peut dire merci aux travaillistes.
Ce qu’il faut, c’est une nouvelle direction de la classe ouvrière qui soit déterminée à renverser l’ordre capitaliste. Pour stopper les privatisations, une direction lutte de classe mobiliserait les syndicats des travailleurs de la santé sur une série de revendications immédiates, comme la restitution au secteur public des hôpitaux et autres institutions médicales privatisés, et l’annulation de la dette due aux PPP. McKinsey, Circle, Harmoni, les entreprises diverses de Richard Branson et autres vautours de la City de Londres doivent être expulsés de tous les secteurs du NHS qui leur ont été cédés ! Un parti ouvrier révolutionnaire se battrait pour l’expropriation des entreprises de santé privées et des compagnies d’assurances et laboratoires pharmaceutiques ; il exigerait des soins médicaux gratuits et de qualité pour tous, dans le cadre d’une lutte pour la révolution socialiste.
Les bureaucrates syndicaux : entre douches froides et baratin
Les hôpitaux ferment. Les travailleurs de la santé sont licenciés. Des infirmières se tuent au travail dans des services en sous-effectif et ensuite le gouvernement les calomnie en disant qu’elles « n’ont pas prodigué de soins attentionnés de qualité ». C’est on ne peut plus clair : il faut se battre. Malgré ses défauts, le NHS est l’un des acquis les plus significatifs que les travailleurs aient obtenus du capitalisme britannique, et ils veulent le défendre jusqu’au bout. Il y a de grandes manifestations pleines de colère contre les fermetures d’hôpitaux dans le pays. Mais elles sont canalisées vers une voie sans issue pour faire pression sur le parlement : des politiciens de toutes tendances font des discours électoraux, et des conseillers municipaux, célébrités et militants de People Before Profit [nos vies valent mieux que leurs profits] du Socialist Workers Party se donnent pour but final d’élire un gouvernement travailliste.
Les travailleurs hospitaliers protestent en tant qu’individus mais leurs bureaucrates syndicaux font comme s’ils étaient de simples « citoyens » et non la force sociale qui pourrait changer la situation. L’Unison, le plus grand syndicat dans le NHS avec ses 400 000 travailleurs de la santé, proclame sur son site web : « L’UNISON a mené la campagne contre la loi sur la Sécurité sociale et nous ne cesserons jamais de nous battre pour défendre et améliorer notre NHS. » Comment les dirigeants proposent-ils de le faire ? « Les membres de l’UNISON ont la possibilité très directe d’envoyer leur message aux politiciens : par la pression politique. » Les dirigeants de l’autre grand syndicat des services de santé, l’Unite, appellent les membres du syndicat à envoyer des e-mails à Cameron et à leurs élus locaux.
Quand des grèves éclatent, comme récemment dans l’ouest du Yorkshire, elles se retrouvent isolées. 500 secrétaires médicales et réceptionnistes d’hôpitaux ont fait grève à plusieurs reprises contre la Fondation hospitalière du Mid Yorkshire qui tentait de les licencier pour les réembaucher à un salaire moindre. Les soutiens ont afflué de la part de patients et de travailleurs et syndicats hospitaliers de tout le pays, qui comprenaient avec raison que ces grévistes étaient en première ligne pour défendre le système de santé public. La direction de l’Unison a laissé entendre qu’elle organiserait un vote dans toute la section syndicale alors que les secrétaires retournaient au travail début février. Deux mois plus tard elle se dérobe toujours. Paul Holmes, membre du conseil exécutif national de l’Unison, disait lors d’un rassemblement de grévistes en février : « C’est le conflit le plus important dans la santé et toutes les caisses de santé vous regardent. Si vous perdez, elles vont elles aussi réduire les salaires. » Il avait raison, mais lui et les autres bureaucrates syndicaux ont-ils jamais appelé leurs autres adhérents à la grève ?
Les directions syndicales du secteur public limitent les grèves à des « journées d’action » deux ou trois fois par an, pour faire baisser la pression ; pendant ce temps les salaires et les acquis syndicaux s’érodent. Et c’est le cas tout autant pour les responsables syndicaux « de gauche », comme Mark Serwotka du syndicat Services publics et commerciaux (PCS), que pour ceux de droite. Il y a eu beaucoup d’occasions pour lancer la bataille, notamment la grève du 30 novembre 2011 contre les attaques envers les retraites du secteur public. Mais dès que la grande manifestation avait pris fin, Brendan Barber, qui était alors le secrétaire général du TUC [confédération des syndicats], et Dave Prentis, le dirigeant de l’Unison, ont annulé toute nouvelle action. Des militants de l’Unite dans le NHS (et le conseil municipal), reflétant la colère à la base, ont rejeté l’offre du gouvernement, tout comme l’a fait le PCS, principal syndicat du public. Ce dernier a appelé ses 270 000 membres à une grève de protestation de 24 heures dans le secteur public le 20 mars, le jour de la présentation du budget. Au lieu de se plaindre du refus de gens comme Prentis d’organiser des grèves unitaires, une direction lutte de classe passerait outre et appellerait la base des autres syndicats du secteur public à faire grève ensemble.
Len McCluskey, le secrétaire général de l’Unite, connu pour ses postures « de gauche », a présenté une motion à l’automne 2012 appelant le TUC à « continuer à mener la lutte depuis les avant-postes » avec des « campagnes de grande envergure, y compris en envisageant une grève générale » contre l’austérité et en étudiant la faisabilité d’une telle grève. Une chose en dit long sur la bureaucratie syndicale : cette motion a été présentée dans le TUC par l’Association des gardiens de prison. Ces brutes n’ont pas leur place dans le mouvement ouvrier ! Pourtant ils sont volontiers accueillis comme des « travailleurs en uniforme » par le Socialist Party et les dirigeants syndicaux traîtres, y compris dans le PCS qui syndique les flics chargés de l’immigration. C’est un scandale.
Lors de l’énorme manifestation du TUC du 20 octobre 2012 (un samedi), de nombreux travailleurs ont applaudi ceux qui, comme McCluskey, déblatéraient sur la grève générale depuis la tribune. Une lutte de classe commune de tous les grands syndicats est absolument nécessaire ; mais elle n’est pas dans l’intention des directions syndicales. Près de six mois plus tard, comme on pouvait s’y attendre, la motion est toujours lettre morte. Le Socialist Party, qui se trouve dans la direction du PCS, a toujours au bout de six mois le même espoir béat que le TUC « fixe le jour » d’une grève générale de 24 heures. La perspective de ces soi-disant socialistes, c’est de soutenir par la bande le Parti travailliste : « Une grève de 24 heures ainsi que les actions prévues ensuite pourraient faire éclater la coalition gouvernementale et mener à des élections générales » (Socialist, 21 novembre 2012). « Chassons les tories ! » – c’est de même la seule perspective qu’offre la bureaucratie de l’Unite. Sous le titre « Le NHS est à nous – sauvons-le ! », le site web de l’Unite dit : « Dans deux ans le pays retourne aux urnes. Faites ce qu’il faut pour que le parti qui peut sauver le NHS soit celui qui gagnera. »
L’« esprit de 1945 » du travaillisme à l’ancienne
Chacun sait que, lors de sa fondation en 1948, le NHS avait promis des soins médicaux universels et gratuits pour tous. Avec le service public de santé et le système national de protection sociale, les gens allaient être pris en charge « du berceau jusqu’à la tombe ». Le nouveau film de Ken Loach l’Esprit de 45 décrit avec force l’impact qu’a eu le NHS sur la vie des travailleurs. Certains se souviennent des horreurs de la vie avant la création du NHS : des familles incapables de payer la visite du docteur pour un enfant malade, le décès évitable d’une mère suite à une infection pendant l’accouchement, la visite de l’huissier venant le vendredi exiger l’argent des honoraires médicaux. Loach fait l’éloge du gouvernement travailliste de Clement Attlee, qui accéda au pouvoir grâce à un raz de marée électoral en 1945 et qui introduisit ensuite le NHS.
Le capitalisme britannique est sorti de la Deuxième Guerre mondiale avec un empire en pleine désintégration et une bonne partie de son économie en faillite. Une vague de combativité ouvrière déferlait sur l’Europe. Malgré ses déformations sous la botte de la bureaucratie stalinienne parasitaire, l’Union soviétique (et par extension les partis communistes de masse du monde capitaliste) avait une autorité énorme car elle avait payé le plus lourd tribut à la lutte pour vaincre les armées nazies. En quelques années le capitalisme fut renversé dans la plupart des pays d’Europe de l’Est qui restaient sous le contrôle de l’armée soviétique. Les gouvernements d’Europe de l’Ouest commencèrent à développer les programmes sociaux à la fois pour apaiser la lutte de classe et pour contrer l’influence de l’Union soviétique. Le député tory Quintin Hogg déclarait en 1943 : « Si vous ne donnez pas la réforme sociale au peuple, il vous donnera la révolution. » Dans ce contexte la classe capitaliste britannique accepta, de mauvaise grâce, la création du NHS, dont le projet avait été élaboré pendant la guerre par William Beveridge, un économiste du Parti libéral.
Le Parti travailliste, une fois au gouvernement, resta dévoué à administrer le capitalisme britannique. Les nationalisations d’après-guerre équivalaient à un gigantesque plan de sauvetage de la bourgeoisie. Le film de Loach ne le montre pas, mais le gouvernement Attlee envoya l’armée contre les dockers en grève en 1945, comme l’aurait fait tout autre gouvernement capitaliste. Au service de l’impérialisme britannique, il contribua aussi à fonder l’OTAN, envoya des troupes contre les Etats ouvriers déformés nord-coréen et chinois, mena une sale guerre coloniale en Malaisie et organisa la partition de l’Inde qui fut sanglante. Les attaques contre les acquis du NHS commencèrent en 1952 : alors des frais furent introduits pour les prescriptions médicales et les lunettes afin de contribuer au financement de la guerre de Corée.
Même à son apogée, le NHS ne fournissait pas des soins correspondant aux besoins de la population. Dans les années 1950, le scientifique marxiste John Desmond Bernal résumait ainsi ses défauts :
« C’est encore un service de santé plus sur le papier qu’en réalité. La défense des intérêts nationaux a fait que la Grande-Bretagne a construit peu de nouveaux hôpitaux et de centres de santé depuis la fin de la guerre. En grande partie le Service national de santé dépend toujours des vieux cabinets médicaux, où des médecins submergés de travail donnent à la chaîne des médicaments inefficaces aux patients, et leur donnent des conseils qu’ils ne peuvent suivre. »
– Science in History, volume III (1954)
L’un des aspects les plus grotesques du capitalisme, c’est que la vie elle-même (l’espérance de vie en bonne santé) dépend inévitablement pour une bonne part de la classe sociale à laquelle on appartient. Dans les parties les plus pauvres du Merseyside, où l’espérance de vie masculine est de 67 ans, les hommes sont généralement frappés d’un handicap ou un autre à l’âge de 44 ans ; dans les quartiers plus riches de l’Ouest de Londres, ces chiffres sont respectivement de 89 et 74 ans. Un résident de Kensington ou Chelsea peut espérer vivre plus de 14 ans de plus qu’un habitant de Glasgow. Rien que dans la capitale – la ville la plus inégalitaire du monde développé, d’après le livre de Danny Dorling Injustice : Why Social Inequality Persists – on dit qu’à chaque arrêt de la ligne de métro Jubilee vers l’est de Londres l’espérance de vie diminue d’une année.
Le capitalisme est mauvais pour la santé !
Dans les années 1990, après la contre-révolution en Union soviétique et en Europe de l’Est, les bourgeoisies d’Europe de l’Ouest se sont mises à démanteler ce qui restait de l’Etat-providence institué après la Deuxième Guerre mondiale. Ces attaques redoublent aujourd’hui car les capitalistes doivent se faire concurrence dans un marché mondial en crise profonde. Même si nous marxistes ne partageons pas les illusions social-démocrates dans les projets de nationalisations, nous soutenons fermement les luttes défensives des travailleurs contre les privatisations ; celles-ci dans les faits ne sont rien d’autre que de brutales attaques antisyndicales contre l’emploi et le niveau de vie des travailleurs.
Pour de nombreux ouvriers en Grande-Bretagne, on atteint le point de rupture. Le niveau de vie baisse pour la cinquième année consécutive. Le gouffre entre riches et pauvres s’élargit. Près d’un demi-million de personnes sont au chômage depuis un an ou plus et ceux qui ont « la chance » de travailler sont censés accepter le gel ou la baisse de leur salaire, l’augmentation du coût des retraites et le surmenage. Les conditions de travail et les salaires des travailleurs de la santé, fixés au niveau national, sont remplacés par des accords locaux et des « salaires au rendement ». Les emplois sont décimés dans la production industrielle et le commerce de détail, les ouvriers jetés à la rue. Et l’absence relative de toute riposte sérieuse des syndicats contre les attaques de ce gouvernement (et du gouvernement travailliste avant lui) encourage la bourgeoisie à exiger encore et toujours plus d’austérité.
La défaite de la grève des mineurs en 1984-1985 était un moment charnière qui a fait pencher la balance contre la classe ouvrière. Thatcher a provoqué la grève en se mettant à fermer toute l’industrie charbonnière ; son objectif était de détruire le Syndicat national des mineurs (NUM), qui était depuis des dizaines d’années un bastion combatif du prolétariat britannique. Le TUC était ouvertement hostile à la grève, et la direction du Parti travailliste, avec Neil Kinnock à sa tête, a condamné le NUM qui affrontait de plein fouet toutes les forces de l’Etat capitaliste. Quant à la « gauche » du TUC, elle s’est livrée à beaucoup de baratin et même à son propre sabotage en coulisse. Si les syndicats des cheminots et des dockers avaient suivi la grève des mineurs, ils auraient paralysé le pays et obtenu une victoire historique pour la classe ouvrière. Mais les « dirigeants » de ces syndicats n’étaient pas prêts à se mesurer au gouvernement. Leur perspective se limitait à remplacer les tories par les travaillistes, et le Parti travailliste était déterminé à briser la grève. Les mineurs ont tenu bon pendant douze mois, mais ils étaient isolés et ils ont perdu. Arthur Scargill a mené la grève des mineurs aussi loin qu’elle pouvait aller dans le cadre de la combativité syndicale, mais il n’a jamais rompu avec la perspective politique du travaillisme.
La leçon que les dirigeants syndicaux traîtres tirent de cette défaite (à savoir qu’il n’est pas possible de se battre) ne fait que souligner le besoin de forger une nouvelle direction syndicale : non pas des laquais travaillistes qui se prosternent devant le parlement, mais des dirigeants ouvriers qui misent sur la puissance sociale de leur propre classe et qui soient déterminés à obtenir ce dont les travailleurs ont besoin, et non ce que les patrons estiment possible. Le NHS dépend fortement des travailleurs intérimaires. Les syndicats doivent exiger qu’ils bénéficient de l’intégralité du salaire et des conditions de travail contractuels, et ils doivent syndiquer les non-syndiqués. Particulièrement dans le NHS, où les immigrés constituent depuis sa création une composante clé de la classe ouvrière, il est nécessaire que les syndicats se battent pour défendre les droits des immigrés, notamment l’accès gratuit aux soins médicaux. Il faut aussi répondre aux besoins des nombreuses femmes travailleuses en exigeant des salaires égaux, la prise en charge des enfants et la protection contre les discriminations.
Des demandes d’explication concernant des PPP, faites au nom de la loi sur la liberté de l’information, ont été rejetées sous prétexte du secret commercial ; on dissimule ainsi un ensemble complexe de procédés malhonnêtes payés avec l’argent des travailleurs britanniques. Nous exigeons que soient ouverts les livres de compte de ces opérations d’arrière-boutique entre entrepreneurs et spéculateurs financiers et leurs hommes de main au gouvernement. Le dirigeant révolutionnaire Léon Trotsky insistait que la classe ouvrière a le droit de « déterminer la véritable part du capitaliste individuel et de l’ensemble des exploiteurs dans le revenu national ; [de] dévoiler les combinaisons de coulisses et les escroqueries des banques et des trusts ; [de] révéler enfin, devant toute la société, le gaspillage effroyable de travail humain qui est le résultat de l’anarchie capitaliste et de la pure chasse au profit » (Programme de transition, 1938).
Quel que soit le parti au gouvernement, le capitalisme consiste à écraser les travailleurs et à gonfler les profits. Contrairement aux rêves réformistes, ce qu’il faut ce n’est pas revenir au bon vieux temps du travaillisme à l’ancienne, mais briser l’ordre capitaliste pourrissant qui pousse les travailleurs à l’abîme et le remplacer par un gouvernement ouvrier qui se donne pour but de construire une société socialiste. Pour cela il faut aux travailleurs un parti révolutionnaire, et pas des réformistes insipides comme le Socialist Party ou le Socialist Workers Party, qui sont à la traîne de la bureaucratie syndicale et se contentent de marchander sur la quantité d’austérité que la classe ouvrière doit accepter. Nos camarades de la Spartacist League/U.S. écrivaient :
« La santé, c’est bien plus que des piqûres, des pilules et des bistouris : c’est un logement convenable, de la bonne nourriture en abondance, la connaissance de la biologie humaine, de l’air non pollué, des conditions de travail sûres et convenables, l’application rigoureuse des principes de santé publique. La médecine ne peut pas sauver des vies ravagées par la pauvreté et la malnutrition. […] « Quand nous aurons mis à bas le système capitaliste qui vend des vies humaines contre des dollars, nous pourrons établir une nouvelle société socialiste où la vie humaine, la personne et la dignité humaines compteront. Les médecins seront au service du peuple et les hôpitaux seront des refuges où l’on soignera les malades ; la recherche sur les vaccins, les techniques médicales nouvelles et les médicaments sera coordonnée internationalement pour le bien de tous. Quand les travailleurs du monde seront aux commandes, les seules limites de la santé humaine seront scientifiques, et celles-ci seront constamment repoussées par une recherche réfléchie et énergique. »
– Women and Revolution n° 39, été 1991
http://www.icl-fi.org/francais/lebol/205/nhs.html
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Les pseudo-trotskystes dans le camp de la contre-révolution - Clameurs hystériques sur le rôle de la Chine en Afrique (Décembre 2011)

https://archive.is/KpVgD
Le Bolchévik nº 198 Décembre 2011
En août 2009, Hillary Clinton, la secrétaire d’Etat [chef de la diplomatie] américaine, faisait une visite en Angola à l’occasion de la signature d’un accord majeur entre le gouvernement dirigé par le Mouvement populaire pour la libération de l’Angola (MPLA) et Chevron, le géant pétrolier américain. Clinton en a profité pour annoncer d’autres investissements venant s’ajouter à une précédente promesse de Washington d’aider à la construction de deux barrages hydroélectriques. Pour les nationalistes bourgeois du MPLA, ces accords représentaient en quelque sorte un tournant de la part des impérialistes américains. Depuis son indépendance, arrachée au Portugal en 1975, l’Angola avait été déchiré par une guerre civile dévastatrice pendant près de 30 ans. Durant une grande partie de cette période, les Etats-Unis avaient fourni un soutien militaire et financier aux forces de guérilla alliées à l’Afrique du Sud de l’apartheid qui menaient une guerre réactionnaire pour déloger du pouvoir le MPLA, alors soutenu par l’Union soviétique et Cuba. De plus, les capitalistes américains avaient fait montre de peu d’empressement à investir en Angola après la fin officielle de la guerre civile en 2002.
C’est dans un but précis que Clinton montrait un visage amical au gouvernement du MPLA : l’année précédente, l’Angola était devenu le premier partenaire commercial africain de la Chine, le plus puissant aujourd’hui des pays où le capitalisme a été renversé. L’Angola fournit à la Chine près de 15 % de son pétrole et devance l’Arabie saoudite comme principal exportateur de pétrole vers la Chine. En retour, Pékin fournit des crédits à faible taux d’intérêt pour construire des hôpitaux, des écoles, des systèmes d’irrigation et des routes. Des accords similaires ont été conclus avec d’autres pays comme le Soudan, l’Algérie, la Zambie et la République démocratique du Congo, pour assurer pétrole et minerais métalliques à l’industrie en pleine essor de la Chine continentale.
Pour les Etats-Unis et les autres puissances impérialistes, qui ont subi une défaite historique avec la Révolution chinoise de 1949, tout cela ne constitue pas un heureux événement. La Révolution de 1949, menée par une armée de guérilla paysanne conduite par le Parti communiste chinois (PCC) de Mao Zedong, a créé un Etat ouvrier, quoique déformé bureaucratiquement dès sa naissance. Avec la mise en place, les années suivantes, d’une économie collectivisée et centralement planifiée, les bases étaient jetées pour d’énormes progrès sociaux pour les ouvriers, les paysans, les femmes et les minorités nationales. Les impérialistes cherchent depuis 1949 à renverser le pouvoir du PCC grâce à une contre-révolution qui rétablirait en Chine une exploitation capitaliste sans entraves. A cette fin, ils utilisent les pressions et menaces militaires et soutiennent les mouvements et « dissidents » anticommunistes intérieurs et, depuis plus de 30 ans, ils ont pénétré l’économie de la Chine continentale grâce aux « réformes de marché » du PCC.
Quand les accords commerciaux et les accords d’assistance entre la Chine et les pays africains ont commencé à se multiplier il y a cinq ans, des voix impérialistes ont tiré la sonnette d’alarme. Paul Wolfowitz, le président de la Banque mondiale, fustigeait les crédits très favorables accordés par les banques d’Etat chinoises qui, protestait-il, ne remplissaient pas les « normes sociales et environnementales ». Cela de la part d’un homme qui, quelques années auparavant, avait compté parmi les principaux architectes des guerres de l’administration Bush en Afghanistan et en Irak ! Pour sa part, le quotidien britannique Daily Mail (18 juillet 2008) titrait avec des relents de guerre froide antisoviétique : « Comment la Chine est en train de s’emparer de l’Afrique et pourquoi l’Occident doit VRAIMENT s’en inquiéter ».
Cette campagne a provoqué en Chine un débat parmi certains universitaires et responsables gouvernementaux sur le rôle de la Chine en Afrique, évidemment dans les limites définies par la politique globale fixée par la bureaucratie stalinienne de Pékin. Un article intitulé « La pratique du concept diplomatique chinois de “société harmonieuse” – une analyse des rapports sino-africains ces dernières années », signé Ge Zhiguo, condamnait fort justement « la politique de l’Occident en Afrique depuis longtemps », qui non seulement « n’a pas donné à l’Afrique la prospérité et la stabilité », mais qui a « plongé beaucoup de pays africains dans un chaos et une violence ethnique prolongés » (Gaoxiao Sheke Dongtai [Perspectives de sciences sociales dans l’enseignement supérieur], troisième numéro de 2007 ; les traductions, y compris celle-ci, sont faites par nos soins).
Charniers du roi Léopold au Congo belge, camps de concentration britanniques au Kenya, soutien américain à l’apartheid en Afrique du Sud : le bilan des impérialistes occidentaux en Afrique se décline en massacres, travaux forcés et répression brutale des mouvements indépendantistes et des luttes ouvrières. De fait, cette barbarie avait pour précurseur la mise en esclavage des Africains au début du capitalisme mercantile. Loin de moderniser ces sociétés, l’asservissement impérialiste a renforcé leur arriération et leur misère. Faisant remarquer que les investissements de la Chine en Afrique ont de toutes autres motivations, Ge Zhiguo appelait Pékin à réformer certaines de ses propres méthodes, pour répondre au ressentiment des Africains vis-à-vis du traitement que subissent les ouvriers dans les entreprises chinoises et de la concurrence par le bas qu’imposent les entrepreneurs chinois aux entreprises locales.
Conformément au programme trotskyste, la Ligue communiste internationale est pour la défense militaire inconditionnelle de la Chine contre l’impérialisme et la contre-révolution intérieure. Nous soutenons le droit qu’a la Chine de faire du commerce pour obtenir ce dont elle a besoin afin de poursuivre son développement. Mais nous savons que les investissements de la Chine et ses programmes d’assistance sont déterminés, non par l’internationalisme prolétarien, mais par les intérêts étroitement nationalistes de la bureaucratie du PCC. Ceux-ci s’expriment fondamentalement dans le dogme stalinien de « la construction du socialisme dans un seul pays » et son corollaire, la « coexistence pacifique » avec l’impérialisme (que le PCC appelle aujourd’hui « société harmonieuse »). Opposé à la perspective de la révolution prolétarienne internationale, le régime du PCC s’accommode de l’impérialisme (il s’est notamment associé, comme nous allons le voir, aux Etats-Unis et à l’Afrique du Sud pour soutenir les forces antisoviétiques en Angola) et donne un soutien militaire et politique aux régimes bourgeois « amis » en Afrique et ailleurs qui répriment brutalement les ouvriers et les pauvres des villes et des campagnes.
Le rôle que joue la Chine en Afrique est contradictoire ; il reflète les contradictions qui assaillent la Chine elle-même en tant qu’Etat ouvrier à régime bureaucratique, dans un monde dominé par l’impérialisme. La défense et l’extension des acquis de la Révolution chinoise requièrent une révolution politique prolétarienne qui chassera la bureaucratie du PCC et la remplacera par un régime de démocratie ouvrière engagé à se battre pour le socialisme mondial.
La Chine n’est pas capitaliste
Dans le cadre de la campagne antichinoise des impérialistes, on trouve sur la gauche des « socialistes » comme le Comité pour une internationale ouvrière (CIO) dirigé par Peter Taaffe [sa section française, la Gauche révolutionnaire, fait partie du Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) d’Olivier Besancenot] ou le Secrétariat unifié (SU) de feu Ernest Mandel [dont les militants en France sont à l’origine du NPA]. Dans un article daté du 30 mars 2008 (« La Chine en Afrique »), Alternative socialiste (SAV), la section allemande du CIO, accusait la Chine de n’être « qu’un joueur parmi d’autres » dans le « jeu » de l’exploitation des pays africains. SAV déclarait que « la Chine, comme les autres pays impérialistes, ne cherche qu’à exploiter leurs ressources et leurs marchés aussi efficacement que possible ». Dans la revue Inprecor du SU (décembre 2006-janvier 2007), Jean Nanga – présenté par ailleurs comme « militant marxiste révolutionnaire congolais » – dénonçait de même la soi-disant « ambition mondiale » de la Chine qui serait selon lui « motivée par l’intérêt capitaliste ».
Il n’est nullement surprenant que le CIO et le SU se soient enrôlés sans vergogne dans la croisade anticommuniste contre la Chine. Le SU et le prédécesseur du CIO s’étaient prostitués à la « démocratie » bourgeoise en acclamant toutes sortes de contre-révolutionnaires, soutenus par les impérialistes, qui s’étaient rangés contre les ex-Etats ouvriers déformés soviétique et est-européens, comme Solidarność en Pologne, ou la racaille réactionnaire qui s’était massée sur les barricades de Boris Eltsine à Moscou en août 1991.
Le SU concentre sa stalinophobie sur la Chine ; il encense des « dissidents » pro-impérialistes comme Liu Xiaobo, lauréat du prix Nobel de la « paix » et partisan des guerres menées par les Etats-Unis au Vietnam, en Irak et en Afghanistan (voir « Hongkong : Les pseudo-trotskystes encensent Liu Xiaobo, laquais des impérialistes », le Bolchévik n° 197, septembre). Nos camarades de la Spartacist League/Britain faisaient remarquer que, de son côté, le CIO a salué des émeutes anticommunistes au Tibet et a pris ouvertement la défense de Taiwan « démocratique » ; Taiwan, qui est capitaliste, est soutenu depuis longtemps par les impérialistes américains et japonais pour viser la République populaire de Chine (voir « La Chine n’est pas capitaliste », Workers Hammer n° 202, printemps 2008). Peter Taaffe aime déclarer pompeusement que la « transition » vers un capitalisme pleinement développé « n’est pas encore totalement achevée » (« Halfway House » [A mi-chemin], Socialism Today, juillet-août). Cela n’est qu’un peu de vernis pour couvrir le soutien concret et constant du CIO aux forces de la contre-révolution capitaliste.
Le tumulte sur le rôle de la Chine en Afrique a commencé à prendre une sérieuse ampleur en 2006 en réaction au conflit du Darfour dans l’Ouest du Soudan, qui a eu pour conséquence de nombreux massacres et le déplacement de quelque deux millions de personnes chassées de chez elles. Ce conflit avait pour cause immédiate les attaques de milices janjawid – qui sont basées sur des musulmans nomades – lancées par le gouvernement de Khartoum contre des forces de guérilla basées sur des populations d’agriculteurs également musulmans. Aux Etats-Unis, la droite chrétienne, les sionistes et nombre de libéraux en vue ont mené une campagne exigeant une intervention impérialiste pour « sauver le Darfour » et diabolisant la Chine qui a lourdement investi dans la production pétrolière soudanaise et qui a développé des liens étroits avec le régime d’Al-Bachir, à qui elle fournit des équipements militaires. Se joignant à cette cabale, l’article de 2008 de SAV se plaignait que « le régime chinois, qui importe 8 % de son pétrole du Soudan, a montré durant le récent conflit qu’il se soucie beaucoup de ses profits et beaucoup moins du sort de la population locale ».
Il est à noter qu’une campagne anticommuniste était l’un des facteurs qui ont poussé la Chine à se tourner de plus en plus vers l’Afrique pour son approvisionnement en pétrole. Cette campagne enragée, menée en grande partie par la bureaucratie syndicale américaine, avait réussi à faire capoter en 2005 le projet d’acquisition d’Unocal, une société pétrolière établie aux Etats-Unis, par la China National Offshore Oil Company. La section américaine du CIO, qui s’appelle aussi Alternative socialiste, s’était déjà jointe la même année aux actions anti-Chine en cosignant un tract appelant l’université de Harvard à désinvestir de PetroChina, une autre entreprise d’Etat chinoise, et d’Unocal.
Les tirades antichinoises des libéraux et des pseudo-socialistes sont peut-être populaires à Londres, à Paris et dans d’autres centres impérialistes, où la majorité de la gauche répand le mensonge que la Chine est capitaliste ou qu’elle en a irrémédiablement pris le chemin. Mais ce message ne passe pas aussi bien en Afrique. Là, l’aide chinoise à la construction d’hôpitaux, d’écoles et autres infrastructures contraste singulièrement avec l’héritage laissé par les vrais impérialistes : extrême pauvreté, arriération sociale, conflits tribaux et ethniques. Le dépeçage de l’Afrique par les puissances européennes lors de la conférence de Berlin de 1884-1885 avait signalé l’émergence de l’impérialisme moderne. Ainsi que l’expliquait Lénine dans l’Impérialisme, stade suprême du capitalisme (1916), les pays industriels avancés, à la recherche de matières premières et d’une main-d’œuvre bon marché, sont de plus en plus contraints d’exporter du capital vers les pays plus retardataires. La concurrence interimpérialiste qui en résulte a conduit à deux guerres mondiales et à d’innombrables aventures coloniales, au prix de destructions terribles et d’un nombre incalculable de morts.
On voit dans la valeur des marchandises créées que les investissements de la Chine en Afrique ont un objectif fondamentalement différent. Toute marchandise – depuis les produits miniers jusqu’aux biens manufacturés – possède à la fois une valeur d’usage (en tant qu’objet de consommation désirable) et une valeur d’échange (qui se reflète à peu près dans le prix du marché). Sous le capitalisme, les propriétaires des usines et autres moyens de production amassent des profits en embauchant des ouvriers pour produire des marchandises, dans le but d’augmenter la valeur d’échange. Les investissements de la Chine à l’étranger, qui sont financés par plusieurs banques d’Etat, sont motivés non par le profit mais par le besoin de matières premières pour ses propres industries collectivisées – c’est-à-dire l’extraction de la valeur d’usage.
Princeton Lyman, un fonctionnaire du Département d’Etat [Ministère des Affaires étrangères] américain, que l’on ne peut soupçonner d’être un marxiste, le reconnaissait dans un rapport présenté en 2005 à la commission Etats-Unis-Chine du Congrès :
« Pour promouvoir ses intérêts, la Chine utilise divers instruments d’une façon que les nations occidentales ne peuvent que lui envier. La plupart des investissements de la Chine se font à travers des sociétés d’Etat dont les investissements n’ont pas d’obligation de rentabilité en eux-mêmes à partir du moment où ils servent les objectifs globaux chinois. C’est ainsi que le représentant en Ethiopie d’une entreprise de construction chinoise d’Etat a pu révéler avoir reçu l’instruction de Pékin d’être moins-disant sur plusieurs appels d’offres sans aucune considération de profit. L’objectif à long terme de la Chine en Ethiopie est l’accès à de futurs investissements dans les ressources naturelles, et pas les profits des entreprises de construction. »
Le fait que la Chine prenne part au commerce mondial ne la rend pas pour autant capitaliste ou impérialiste. C’est parce que l’investissement chinois n’est pas motivé par le profit capitaliste que ses effets sont si radicalement différents de ceux que produit l’exploitation impérialiste des pays du tiers-monde. Martyn Davies, directeur du réseau Chine-Afrique à l’université de Pretoria en Afrique du Sud, fait l’éloge des Chinois, disant qu’ils sont « les plus grands bâtisseurs d’infrastructures » en Afrique (« Le prochain empire ? », Atlantic, mai 2010) ; c’est un sentiment que partage l’universitaire américaine Deborah Brautigam dans son livre extrêmement flatteur de 2009 sur le rôle de la Chine en Afrique, The Dragon’s Gift ([Le cadeau du dragon], Oxford University Press).
Les pressions du marché mondial
La nécessité pour la Chine d’importer des matières premières est devenue aiguë il y a une dizaine d’années, lorsque la Chine continentale a cessé d’être en mesure de fournir l’essentiel du pétrole et des minerais métalliques dont avait besoin son industrie, en raison de sa croissance économique en forte hausse. Du fait de sa politique de « mondialisation », la Chine importait en 2009 52 % de son pétrole et 69 % de son minerai de fer.
La situation de la Chine contraste avec celle de l’Etat ouvrier soviétique issu de la Révolution d’octobre 1917 qui avait été dirigée par le Parti bolchévique. Suite à l’échec des révolutions prolétariennes dans les pays européens plus avancés, particulièrement en Allemagne, une caste bureaucratique conservatrice dirigée par Staline usurpa le pouvoir politique à partir de 1923-1924. L’Union soviétique, profondément marquée par l’arriération héritée du tsarisme et des effets dévastateurs de la guerre impérialiste et de la guerre civile, disposait en abondance de minerai de fer, de pétrole, de bois et autres matières premières. Staline et Cie utilisèrent ce fait comme argument pour justifier l’idée réactionnaire et utopique que le socialisme pouvait être réalisé dans la seule Russie soviétique. Avec cette idée ils jetaient par-dessus bord la conception marxiste élémentaire que, pour réaliser le socialisme – une société d’abondance matérielle –, il faut le pouvoir ouvrier international, en particulier dans les pays industriellement développés.
Sur la base de son économie planifiée, l’Union soviétique connut dans les années 1930 une croissance phénoménale alors que le reste du monde était empêtré dans les effets de la crise de 1929. Mais l’URSS ne pouvait par ses seules ressources et ses seuls efforts rattraper, et encore moins dépasser, le niveau technologique et la productivité du travail des pays capitalistes avancés. Des décennies de pression militaire et économique impérialiste se conjuguèrent à la mauvaise gestion bureaucratique et à la trahison par les staliniens d’occasions révolutionnaires ailleurs dans le monde ; mortellement affaibli, l’Etat ouvrier soviétique fut détruit par la contre-révolution capitaliste en 1991-1992.
Suite à cette catastrophe, la direction du PCC s’est livrée à une étude interne destinée à réfléchir au moyen d’éviter un destin similaire tout en restant dans le cadre du programme stalinien nationaliste du « socialisme avec des caractéristiques chinoises ». Le régime a tiré notamment la conclusion que l’Union soviétique avait consommé trop de ressources à essayer de soutenir la concurrence avec les impérialistes sur le plan militaire et sur d’autres plans. Il a été décidé que la Chine, au contraire, étendrait et approfondirait ses liens avec le marché capitaliste mondial. Pékin est maintenant un partenaire si « responsable » sur le marché mondial que l’économiste en chef de la Banque mondiale, l’une des principales institutions qui mettent en œuvre les diktats impérialistes, est Justin Yifu Lin, un des économistes chinois les plus réputés !
Dans le cadre de sa stratégie de « mondialisation », la Chine soutient de plus en plus des interventions militaires menées dans le tiers-monde par les Nations Unies, une association de malfaiteurs impérialistes et de leurs victimes. Cela représente un tournant par rapport à la politique qu’avait adoptée le régime du PCC quand la Chine avait été admise à l’ONU il y a 40 ans. Comme l’observe Stefan Stähle dans « Le changement d’attitude de la Chine vis-à-vis des opérations de maintien de la paix menée par les Nations Unies », un article paru dans la revue universitaire China Quarterly (septembre 2008) :
« Au début, la Chine rejetait totalement l’idée d’un maintien de la paix par l’ONU. Pékin considérait toutes les interventions de l’ONU comme étant manipulées par les grandes puissances, notamment parce que la Chine avait été la cible de la première action de répression dirigée par les Etats-Unis et autorisée par les Nations Unies en 1951 [sic, c’était en fait en 1950] durant la guerre de Corée […]. Mais depuis 1981, lorsque la Chine a commencé à s’ouvrir au monde, les diplomates chinois ont voté en faveur de toutes les missions pour mettre en œuvre des tâches traditionnelles de maintien de la paix ou pour gérer des transitions. »
En clair, les « tâches de maintien de la paix » se traduisent par la répression sanglante et l’imposition du diktat impérialiste. La Chine a commis le crime de prêter ses propres forces militaires et de police à de semblables opérations de « maintien de la paix », de Haïti au Soudan. Comme le faisait remarquer Chris Alden dans son livre China in Africa (Zed Books, 2007), « La majorité des forces chinoises de maintien de la paix, en fait, sont basées en Afrique ; cela fait de la Chine, de tous les membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU, le plus gros contributeur aux opérations de maintien de la paix. » En tant qu’internationalistes prolétariens, nous exigeons que la Chine mette fin à sa participation aux missions militaires de l’ONU.
Etant donné que l’économie de la Chine continue à croître alors que les pays impérialistes sont empêtrés dans une récession apparemment sans fin – preuve la plus récente que le système de production pour le profit est source de crises –, il pourrait sembler que Pékin a effectivement trouvé un moyen de contourner les pressions qui, au bout du compte, avaient conduit l’Union soviétique à l’effondrement. Mais une telle idée repose sur une croyance fallacieuse dans la stabilité de l’ordre capitaliste mondial et dans les bonnes intentions envers la Chine de ses partenaires commerciaux impérialistes qui dominent le marché mondial.
En Chine même, la stupéfiante croissance économique a pour effet d’exacerber les tensions sociales et entre les classes. A cause notamment des « réformes de marché », un énorme fossé s’est creusé entre, d’une part, les responsables gouvernementaux corrompus, les entrepreneurs capitalistes et les petits-bourgeois privilégiés et, d’autre part, les centaines de millions de prolétaires – dans les entreprises d’Etat et les entreprises privées – et de paysans pauvres. Une vague de grèves l’an dernier dans les usines automobiles et autres entreprises privées n’en était qu’un aspect : il y a un énorme accroissement de ce que le régime du PCC nomme « incidents de masse » – arrêts de travail, assemblées de pétitionnaires, protestations contre la corruption, etc. Le nombre de ces incidents a été multiplié par deux depuis 2006, atteignant 180 000 en 2010.
Tôt ou tard, le régime stalinien mènera la Chine au bord du gouffre, ce qui posera la menace d’une contre-révolution capitaliste. Dans le même temps, l’antagonisme entre la bureaucratie et les masses travailleuses chinoises prépare le terrain pour une révolution politique prolétarienne pour chasser le régime stalinien parasitaire. Le prolétariat chinois a besoin de la direction d’un parti léniniste-trotskyste qui combatte les apôtres de la contre-révolution « démocratique » (notamment ceux qui affichent ce programme sous des couleurs « socialistes » ou même « trotskystes »), et qui arrache la classe ouvrière au nationalisme stalinien. Guidée par une telle direction, une Chine des conseils ouvriers et paysans promouvrait la révolution prolétarienne dans le monde. Avec les ouvriers au pouvoir, la capacité industrielle et technologique du Japon, des Etats-Unis et de l’Europe occidentale serait mise au service du développement de la Chine dans tous ses aspects dans le cadre d’un ordre socialiste mondial.
La « non-ingérence » : soutien au pouvoir bourgeois
En réponse à l’accusation de « néocolonialisme » de la Chine vis-à-vis de l’Afrique, beaucoup d’universitaires et de porte-parole du gouvernement chinois font valoir la politique suivie par Pékin de « non-ingérence » dans les affaires intérieures d’autres pays. Dans un article d’une revue universitaire, Liu Naiya faisait l’éloge de l’aide de la Chine aux ex-colonies en Afrique, la qualifiant de « “cadeau” au nationalisme africain de la part d’un pays socialiste. En d’autres termes, il s’agit d’un investissement politique rationnel – une grande démonstration de l’amitié fraternelle du communisme international » (« Avantage mutuel : l’essence des rapports sino-africains – réponse à l’accusation de “néo-colonialisme chinois en Afrique” », Xiya Feizhou [Asie de l’Ouest et Afrique], août 2006).
Les porte-parole du PCC aiment rappeler l’aide et le soutien diplomatique que la Chine avait donnés à certains mouvements africains qui luttaient pour l’indépendance contre le pouvoir colonial. Et il ne fait aucun doute que l’aide et les investissements chinois stimulent le développement dans beaucoup de pays africains. Mais c’est à mille lieues de l’internationalisme socialiste. Les accords commerciaux que signe la Chine s’accompagnent de la « condition politique » que Pékin ne fera rien pour contrarier ses partenaires commerciaux bourgeois. Ainsi les staliniens chinois aident à soutenir l’ordre capitaliste qui maintient les masses d’ouvriers et de paysans africains dans une misère extrême. L’empressement du PCC à soutenir des régimes bourgeois réactionnaires était manifeste dès la Conférence des nations afro-asiatiques de 1955 à Bandung, en Indonésie, lors de laquelle Zhou Enlai exposa les « Cinq principes de la coexistence pacifique », dont celui de s’abstenir de faire pression sur d’autres pays pour qu’ils changent de système économique. La justification « anti-impérialiste » de ce programme de collaboration de classes était usée jusqu’à la corde, comme le montrait clairement la politique de coexistence pacifique que menait au même moment le régime de Mao vis-à-vis du Japon, le bastion impérialiste de l’Asie.
En soutien à la politique de Pékin, on mentionne généralement la construction par la Chine de Mao du chemin de fer Tanzanie-Zambie dans les années 1970. C’était, il est vrai, une action significative qui avait nécessité un travail et des sacrifices énormes de la part des ouvriers chinois. Mais le PCC donnait simultanément un soutien politique au régime tanzanien de Nyerere alors que celui-ci réprimait les luttes syndicales élémentaires des ouvriers pauvres.
En cela, les staliniens chinois ont montré leur parenté politique avec la bureaucratie du Kremlin. L’aide soviétique fut cruciale dans la construction du barrage d’Assouan en Egypte, achevée en 1970. Avec cette aide étaient envoyés des conseillers militaires soviétiques, et même plus. En fait, Moscou a fourni au régime bonapartiste bourgeois égyptien de Nasser davantage d’armes modernes qu’au Nord-Vietnam pendant toute la lutte héroïque de celui-ci contre l’impérialisme américain ! Par ailleurs le Parti communiste soudanais, aligné derrière l’Union soviétique, s’était subordonné à l’homme fort nationaliste bourgeois, Nemeiri, et il trahit une occasion révolutionnaire qui se termina par un massacre des communistes au début des années 1970. Avec le même programme de collaboration de classes, le Parti communiste sud-africain (SACP) est plongé depuis 80 ans dans une alliance avec le Congrès national africain (ANC) et, aujourd’hui, il aide à faire appliquer les diktats du capitalisme de néo-apartheid, dans le cadre du gouvernement bourgeois dirigé par l’ANC.
Les marxistes révolutionnaires reconnaissent qu’un Etat ouvrier peut être contraint de signer des accords commerciaux et diplomatiques avec des Etats capitalistes. Mais il ne faut pas confondre cela avec la tâche du parti communiste, qui est de diriger la lutte pour la révolution prolétarienne. Au temps de Lénine, l’Etat ouvrier soviétique a signé en 1922 le traité de Rapallo avec l’Allemagne capitaliste, un accord qui incluait une coopération militaire. Simultanément, les bolchéviks constituaient la force dirigeante dans l’Internationale communiste, cherchant à forger des partis communistes en mesure de diriger les ouvriers, notamment en Allemagne, jusqu’à la prise du pouvoir.
Un régime révolutionnaire chercherait également à utiliser les biens détenus à l’étranger comme arme dans la stratégie prolétarienne internationaliste. Léon Trotsky a abordé cette question au sujet du chemin de fer de la Chine orientale qui avait été construit par la Russie tsariste dans le but de piller la Chine, et qui était resté propriété soviétique après la révolution d’Octobre. En 1929, deux ans après avoir massacré des dizaines de milliers de communistes et autres militants chinois, le régime de Chiang Kai-shek provoqua un conflit militaire avec l’Union soviétique, qui était alors dirigée par la bureaucratie stalinienne, au sujet du contrôle du chemin de fer. Dans « La défense de l’URSS et l’opposition » (septembre 1929), Trotsky s’élevait contre ceux qui traitaient d’« impérialiste » la stratégie soviétique dans cette affaire. Il soulignait : « Nous considérons le chemin de fer de la Chine orientale comme un des instruments de la Révolution mondiale, et, plus immédiatement, des Révolutions russe et chinoise. […] Mais tant que nous aurons des possibilités et des forces, nous protégerons cette voie contre l’impérialisme, la préparant à être livrée à la Révolution chinoise si celle-ci est victorieuse. »
Trotsky poursuivait : « Le caractère d’entreprises socialistes de cet ordre, la direction qui leur sera donnée, les conditions de travail, tout cela doit être réglé de manière à relever l’économie et la culture des pays arriérés avec l’aide du capital, de la technique, de l’expérience des Etats prolétariens plus riches, pour le plus grand avantage des deux parties. » Trotsky envisageait ainsi la façon dont une dictature prolétarienne en Grande-Bretagne procéderait en Inde avec les concessions des anciens dirigeants impérialistes :
« En même temps, l’Etat ouvrier, sans abandonner lesdites concessions, devrait en faire l’instrument, non seulement d’un relèvement économique de l’Inde, mais de sa future reconstruction socialiste. Il va de soi qu’une telle politique, indispensable également dans l’intérêt de la consolidation d’une Angleterre socialiste ne pourrait être appliquée qu’en complet accord avec l’avant-garde du prolétariat indien et devrait assurer des avantages évidents aux paysans de l’Inde. »
La trahison antisoviétique du PCC
La perspective tracée par Trotsky est diamétralement opposée au programme nationaliste et antirévolutionnaire des staliniens chinois. On en voit une preuve frappante dans l’alliance criminelle qu’avait forgée le régime de Mao avec l’impérialisme américain contre l’Union soviétique que les maoïstes fustigeaient et calomniaient, disant qu’elle était « social-impérialiste » et l’« ennemi principal » des peuples du monde.
L’un des fruits de cette trahison fut la dévastation de l’Angola par des décennies de guerre. Après avoir arraché son indépendance du Portugal en 1975, le pays fut précipité dans une guerre civile entre trois forces de guérilla nationalistes : le MPLA, l’Union nationale pour l’indépendance totale de l’Angola (UNITA) et le Front national pour la libération de l’Angola (FNLA). Au début, nous n’avions, en tant que marxistes, donné de soutien à aucun des camps en présence, qui étaient tous des mouvements nationalistes petits-bourgeois aspirant à consolider un régime bourgeois.
Cette situation allait cependant vite changer. Avec l’aide de l’Union soviétique, le MPLA prit le contrôle de la majorité des zones importantes, y compris Luanda, la capitale, et proclama l’Angola « république populaire ». En réaction, les Etats-Unis imposèrent l’unification de l’UNITA et du FNLA et leur fournirent des armes pendant que l’Afrique du Sud et le Portugal envoyaient des centaines de soldats pour essayer de renverser le MPLA. La guerre civile se transforma ainsi en guerre par procuration entre l’impérialisme américain et l’Etat ouvrier dégénéré soviétique. Les marxistes avaient clairement un côté dans ce conflit : pour la victoire militaire du MPLA. La Chine de Mao, au contraire, soutint activement le FNLA/UNITA financé par la CIA et envoya même des instructeurs militaires pour entraîner les assassins anticommunistes. Les responsables américains firent remarquer que Washington était en position de « réduire l’aide aux mouvements anticommunistes, parce nous étions satisfaits de laisser les Chinois faire le travail sur le terrain » (cité dans le Monde, 5 décembre 1975). Cette déclaration témoignait bien du rôle joué par la Chine. Autant pour la « non-ingérence » !
Quand les troupes sud-africaines lancèrent un blitzkrieg en direction de Luanda, un journal officiel chinois, Peking Review (21 novembre 1975), publia une déclaration politique venant de haut qui condamnait « l’expansion et l’ingérence grossière de l’Union soviétique », et ne mentionnait même pas l’invasion par l’armée de l’apartheid ! L’aide soviétique puis l’intervention des héroïques troupes cubaines renversèrent finalement la situation, et les agents des impérialistes et leur garde avancée sud-africaine furent refoulés. Mais la guerre civile se prolongea. Les ponts avaient été détruits par les bombes, les mines terrestres jonchaient les routes rurales et les champs, et les infrastructures urbaines s’étaient quasiment effondrées, ce qui aggrava énormément la profonde arriération du pays.
Les masses angolaises ont payé de leur sang la trahison des staliniens chinois, qui ont par la suite su profiter de la misère de l’Angola et d’autres pays d’Afrique subsaharienne à laquelle ils avaient eux-mêmes contribué. Plus fondamentalement, dans la mesure où le PCC a aidé matériellement les forces antisoviétiques réactionnaires soutenues par l’impérialisme, de l’Afrique australe à l’Afghanistan dans les années 1970 et 1980, il a contribué à la destruction de l’URSS elle-même, une défaite catastrophique pour les ouvriers et les opprimés du monde entier, y compris en Chine.
Pour l’internationalisme prolétarien !
Du fait qu’ils sont guidés par les intérêts nationaux étroits de la bureaucratie de Pékin, les investissements de l’Etat chinois à l’étranger dressent souvent les entreprises chinoises et leurs dirigeants contre les ouvriers qu’ils emploient. Les mines, installations pétrolières et projets de construction financés par la Chine surgissent un peu partout en Afrique, mais s’accompagnent d’abus contre les ouvriers : pratiques de recrutement discriminatoires, bas salaires, actions ouvertement antisyndicales. Une étude citée par Deborah Brautigam dans The Dragon’s Gift a révélé que des entreprises de construction chinoises en Namibie violaient les lois sur le salaire minimum et l’obligation de formation dans le cadre de la « discrimination positive », et qu’elles ne versaient pas les cotisations sociales. Les ouvriers chinois en Afrique mènent aussi bataille contre les mauvais traitements dont ils sont victimes. Selon Brautigam, lorsque 200 ouvriers chinois du BTP en Guinée équatoriale se sont mis en grève en mars 2008, il y a eu des heurts avec les forces de sécurité locales qui se sont soldés par la mort de deux ouvriers.
Il y a un fait que la presse bourgeoise, tout comme celle de gauche, passe virtuellement sous silence : parmi les pires attaques contre les ouvriers africains, beaucoup sont menées par des entrepreneurs chinois privés qui se collent comme des sangsues aux programmes d’investissement de la Chine, avec l’approbation de Pékin. En 2010 deux contremaîtres chinois ont abattu 13 mineurs dans la mine de charbon de Collum en Zambie au cours d’une protestation pour les salaires. L’année suivante les autorités zambiennes ont décidé de ne pas engager de poursuites, ce qui a provoqué la colère en Zambie. La mine, que la presse présentait comme « appartenant à des Chinois », n’était pas une entreprise d’Etat mais la propriété d’un investisseur privé, gérée par ses quatre frères cadets.
Les marxistes soutiennent les ouvriers qui luttent pour les droits syndicaux ainsi qu’un salaire et des avantages sociaux décents, y compris lorsqu’ils luttent contre des employeurs chinois. En même temps, il faut combattre les démagogues nationalistes et les dirigeants syndicaux traîtres qui, sous prétexte des abus contre les ouvriers, prennent le train en marche des impérialistes contre la Chine. Par exemple, la COSATU, confédération syndicale sud-africaine, membre de l’Alliance tripartite aux côtés de l’ANC et du SACP, vitupère depuis longtemps contre les importations de vêtements chinois qui coulent les fabricants locaux.
Avec ce genre de protectionnisme, on répand le mensonge que le prolétariat (majoritairement noir) d’Afrique du Sud aurait un « intérêt national » commun avec la classe capitaliste (majoritairement blanche) sud-africaine ; cela montre la banqueroute des bureaucrates de la COSATU qui prétendent défendre la solidarité ouvrière internationale. Cela nourrit également la campagne pour la contre-révolution en Chine en renforçant la main des impérialistes, dont la puissance militaire et économique constitue un obstacle formidable à la révolution prolétarienne en Afrique du Sud et ailleurs. La défense de la Chine et des autres Etats ouvriers déformés – Cuba, Corée du nord, Vietnam et Laos – est d’une importance vitale pour lutter pour un avenir socialiste en Afrique, dont la classe ouvrière sud-africaine, combative et stratégiquement concentrée, détient la clé. On ne fera pas de nouveaux acquis si on est incapable de défendre ceux que l’on a déjà !
Les marxistes doivent aussi combattre le chauvinisme qui imprègne la bureaucratie d’Etat chinoise et ses représentants à l’étranger. Du fait que les budgets et les délais sont fixés par Pékin, les sociétés chinoises emploient souvent des ouvriers venant de Chine plutôt que recrutés localement. Pour défendre ces pratiques, le directeur général de la China National Overseas Engineering Corporation, une entreprise d’Etat, déclarait : « Les Chinois sont capables de supporter de très grosses charges de travail. Il s’agit d’une différence culturelle. Les Chinois travaillent jusqu’à ce que la tâche soit terminée et ils se reposent ensuite. » Il se plaignait que les ouvriers zambiens étaient « comme les Britanniques » : « Ils font la pause pour prendre le thé et ils ont beaucoup de jours de congé. Pour notre société de construction, cela signifie que ça coûte beaucoup plus cher » (cité par Chris Alden dans China in Africa). Ces commentaires en disent long sur le mépris qu’éprouvent les bureaucrates chinois vis-à-vis des ouvriers, tant africains que chinois.
Un gouvernement des conseils ouvriers et paysans en Chine qui hériterait des activités à l’étranger d’entreprises d’Etat chinoises ferait des efforts particuliers pour recruter et former des ouvriers locaux, avec des droits syndicaux et des salaires et avantages sociaux supérieurs à ceux pratiqués localement. De même, un tel régime réglerait leur compte aux bourgeois qui ont pris de l’ampleur en Chine suite aux « réformes de marché » et qui ont aussi trouvé une place en Afrique. Surtout, il suivrait les traces de l’Etat ouvrier soviétique des premières années en œuvrant à la victoire du pouvoir ouvrier sur l’ensemble de la planète. C’est pour forger les partis léninistes d’avant-garde nécessaires pour diriger cette lutte que la LCI combat pour reforger la Quatrième Internationale, le parti mondial de la révolution socialiste.
http://www.icl-fi.org/francais/lebol/198/chine.html
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L'adhésion à l'OMC approfondit la pénétration impérialiste - La Chine secouée par des manifestations ouvrières - Défense des acquis de la Révolution de 1949 ! (2002) (Part 1)

https://archive.is/BrEJ6
L'adhésion à l'OMC approfondit la pénétration impérialiste
La Chine secouée par des manifestations ouvrières
Défense des acquis de la Révolution de 1949 !
Nous reproduisons ci-après une traduction légèrement adaptée d’un article publié dans Workers Vanguard (17 et 31 mai 2002), journal de nos camarades américains.
Reproduit du Bolchévik n° 160 (été 2002) et n° 161 (automne 2002).
En mars dernier, le cœur industriel de la Chine a connu les plus importantes manifestations ouvrières depuis 1989. Il y a treize ans, la classe ouvrière, mécontente de l'inflation et de la corruption généralisées qu’apportaient les « réformes de marché » du régime du Parti communiste chinois (PCC), avait fait massivement irruption dans les manifestations initialement étudiantes centrées sur la place Tiananmen ; elle mettait ainsi à l'ordre du jour la possibilité d'une révolution politique pour balayer la bureaucratie stalinienne. Ces dernières années, des millions d'ouvriers ont été jetés dans la lutte quand les industries étatisées qui forment le cœur des fondations collectivisées de l'Etat ouvrier déformé chinois se sont retrouvées dans le collimateur des « réformes de marché ». Ces luttes, qui s'étendent aux « zones économiques spéciales » (ZES) capitalistes et aux régions paysannes de l'intérieur du pays, sont amenées à s'intensifier au fur et à mesure que l'adhésion de la Chine à l'Organisation mondiale du commerce (OMC) ouvre la porte à une pénétration impérialiste plus profonde, menaçant par là même les conditions d'existence de millions d'ouvriers et de paysans.
La vague actuelle de manifestations de masse représente une résistance spontanée de la classe ouvrière chinoise aux conséquences funestes de la course accélérée vers la restauration capitaliste, au nom des « réformes de marché ». Ce qui est en jeu, c'est la défense des acquis sociaux de la Révolution chinoise de 1949, qui a renversé la bourgeoisie chinoise, libéré le pays du joug impérialiste et établi un Etat ouvrier basé sur une économie planifiée et collectivisée.
Des manifestations ont éclaté le 1er mars dans les champs pétrolifères de Daqing, dans la province du Heilongjiang, dans le nord-est du pays. Pendant plus de deux semaines, les ouvriers organisaient tous les jours des manifestations contre les coupes sombres dans les retraites, les soins médicaux et les subventions pour le fioul domestique. Quand ces champs pétrolifères ont été mis en exploitation, au début des années 1960, les ouvriers de Daqing étaient considérés comme des héros de la campagne d'industrialisation de la Chine. Les ouvriers qui travaillaient dans ce genre d'industries d'Etat bénéficiaient du « bol de riz en fer », la garantie du logement, de l'éducation, des soins médicaux et des retraites. Mais avec le quasi-épuisement des gisements, plus de 80 000 ouvriers ont été licenciés au cours des trois dernières années. Quand les autorités ont exigé que les ouvriers restituent la plus grande partie de leurs indemnités de licenciement pour payer une prime d'assurance destinée à financer les soins médicaux et les retraites, cela a été la goutte d'eau qui a fait déborder le vase ; les manifestations se sont rapidement étendues à des champs pétrolifères éloignés, comme ceux de la province du Xinjiang, à la frontière de l'Asie centrale.
« Les cadres touchent des avantages substantiels, et nous, rien », expliquait un ouvrier. Les autorités ont tenté de discréditer les ouvriers en prétendant que les manifestations avaient été infiltrées par les réactionnaires du mouvement Falun Gong. Finalement, la police anti-émeute et des unités de la Police populaire armée – une force mise sur pied au milieu des années 1980 pour réprimer l'agitation sociale croissante – ont été mobilisées depuis les villes environnantes pour mater les manifestations.
Un rapport officiel publié par Pékin le 29 avril, et intitulé « Travail et sécurité sociale en Chine », déclare qu'entre 1998 et 2001, plus de 25 millions d'ouvriers ont été licenciés par les entreprises d'Etat (la Banque mondiale avance le chiffre de 36 millions). Ces licenciements sont le résultat des mesures prises par le régime pour « réformer », fermer ou privatiser les usines jugées « inefficaces » selon les standards du marché capitaliste mondial. Dans un article sur les manifestations de Daqing, le Far Eastern Economic Review (4 avril) écrit que « depuis 1998, les licenciements ont provoqué des dizaines de milliers de conflits similaires, mais plus petits. Terrifié à l'idée que ces conflits puissent se transformer en un mouvement à l'échelle du pays, le gouvernement s'est employé à réprimer la dissidence et à empêcher les groupes protestataires des différentes villes et provinces d'établir des liens entre eux. »
Ce qu’il y a derrière les craintes du régime, on a pu le voir dans la ville de Liaoyang, où les manifestations ont coïncidé avec celles de Daqing, plusieurs centaines de kilomètres plus au nord. Des ouvriers de l'usine métallurgique des Ferro-alliages de Liaoyang, qui avait fermé ses portes, organisaient chaque jour des manifestations pour exiger le paiement des retraites et des arriérés de salaire qui leur étaient dus. Ils exigeaient aussi l'arrestation des dirigeants de l'usine, qui avaient vendu l'équipement de l'usine et empoché l'argent. Comme dans la plupart des manifestations récentes, ceux qui défilaient à Liaoyang étaient principalement des ouvriers licenciés et des retraités. Mais les rangs des manifestants ont grossi ; ils ont été rejoints par 30 000 ouvriers venus de 20 usines de la région. Un ouvrier de l'Usine chimique de Liaoyang expliquait que « cette action n'est pas organisée ; beaucoup d'ouvriers d'autres usines nous ont rejoints uniquement parce qu'ils ont les mêmes problèmes que l'usine de Ferro-alliages ».
La police, craignant de ne plus pouvoir contenir les manifestations, a arrêté quatre dirigeants ouvriers et, le 20 mars, elle a évacué plusieurs centaines de manifestants de l'enceinte de l'hôtel de ville, où ils s'étaient rassemblés pour remettre une pétition. Selon les témoins, des responsables essayaient également de désamorcer la situation en versant aux ouvriers la moitié de leurs arriérés de salaires et en annonçant qu'ils paieraient bientôt une partie des allocations chômage et des retraites. Mais les ouvriers disent qu'il ne s'agit là que d'une petite partie de ce qui leur est dû.
Les manifestations ont atteint la capitale le 27 mars, quand environ 200 retraités de l'automobile ont organisé une manifestation spectaculaire devant les Ateliers d'automobiles et de motocyclettes de Pékin, bloquant pendant plusieurs heures la circulation sur une des principales artères de la capitale. Ces retraités exigeaient que leur soient versés des arriérés de retraites, et protestaient contre le vol de la propriété de l'Etat par les cadres des entreprises. Des actions similaires se sont multipliées dans toute la Chine. En avril, les mineurs de charbon de la province de Liaoning ont bloqué à plusieurs reprises des lignes de chemin de fer pour protester contre des licenciements. Dans le sud-ouest de la Chine, un millier de métallos retraités, dont une majorité de femmes, ont bloqué deux autoroutes devant l'Usine sidérurgique de Guiyang, une entreprise d'Etat, pour protester contre le montant dérisoire de leurs retraites. Et début mai, les manifestations de protestation reprenaient à Liaoyang pour exiger la libération des quatre dirigeants ouvriers emprisonnés ; des affiches ont fait leur apparition dans des foyers pour travailleurs de Liaoyang, réclamant des enquêtes sur des cadres corrompus de l'usine.
Défense de la Chine contre la contre-révolution capitaliste !
La Révolution de 1949, malgré de profondes déformations bureaucratiques, a été une révolution sociale d'importance historique mondiale. Des centaines de millions de paysans se soulevèrent et prirent possession de la terre sur laquelle leurs ancêtres subissaient depuis des temps immémoriaux une exploitation cruelle. Le pouvoir des seigneurs de la guerre sanguinaires, des usuriers, des propriétaires terriens rapaces et de la bourgeoisie chinoise mesquine fut détruit. La révolution permit aux femmes des avancées gigantesques par rapport à leur misérable statut antérieur, symbolisé par la pratique barbare du bandage des pieds. Une nation qui avait été depuis un siècle ravagée et divisée par les puissances étrangères était unifiée et libérée du joug impérialiste.
Dans les années 1950, la République populaire de Chine instaura une économie socialisée et centralement planifiée – sur le modèle de l'Union soviétique et avec l'aide de celle-ci –, et l'agriculture fut collectivisée. L'économie socialisée était protégée par un monopole d'Etat du commerce extérieur, pour éviter qu’elle soit sapée par les importations bon marché depuis des pays capitalistes-impérialistes bien plus développés. En particulier pour les femmes, obtenir un emploi dans l'industrie d'Etat représentait un progrès tellement immense par rapport au mode de vie ancien que les familles organisaient souvent de grandes fêtes pour célébrer l'embauche d'un de leurs membres.
Cependant, la Révolution de 1949 était déformée dès l'origine, sous la férule du régime du PCC de Mao Zedong, qui représentait une caste bureaucratique nationaliste au sommet de l'économie collectivisée. Le régime de Mao, modelé sur la bureaucratie stalinienne en URSS, prêchait l'idée profondément antimarxiste que le socialisme – une société sans classes et égalitaire, basée sur l'abondance matérielle – pourrait être construit dans un seul pays. En pratique, le « socialisme dans un seul pays » signifiait l'opposition à la perspective de la révolution ouvrière dans le reste du monde et une politique de conciliation vis-à-vis de l'impérialisme mondial.
Le rôle fondamental de la bureaucratie de Pékin est de servir de courroie de transmission des pressions sur l’Etat ouvrier qu’exerce le marché mondial dominé par l'impérialisme. Le caractère fragile et contradictoire de cette caste bureaucratique se manifeste dans le fait que, face à l'agitation ouvrière, le régime actuel fait souvent marche arrière sur certaines de ses « réformes » économiques, et juge occasionnellement certains des siens pour corruption, quelquefois avec une exécution à la clé.
La récente vague de manifestations a inquiété non seulement le régime de Pékin mais aussi les cercles dirigeants américains, qui caressent l'espoir d'une restauration du capitalisme à froid, « par en haut ». C'est ainsi qu'on pouvait lire ce qui suit dans un article publié dans l'influent magazine américain Business Week (8 avril), et intitulé « Les ouvriers de la Chine en colère » : « Le temps ne joue pas en faveur de Pékin. Le gouvernement ne peut pas se permettre de verser ad vitam aeternam des aides sociales aux chômeurs et aux ouvriers mécontents des industries obsolètes. Beaucoup de ceux-là ont la quarantaine et n'ont aucun espoir de trouver un nouvel emploi dans leur province. Et le cycle de fermetures d'usines et de licenciements ne va faire que s'accélérer maintenant que la Chine est membre de l'Organisation mondiale du commerce et que son secteur industriel décrépit est directement confronté à la concurrence étrangère. » L'article déplore qu'alors même que le tourisme, les télécommunications et d'autres secteurs de l'économie sont ouverts aux investissements étrangers, « les manifestations forcent Pékin à ralentir la restructuration industrielle » pour tenter de préserver la stabilité sociale.
A sa manière, Business Week reconnaît certaines vérités fondamentales sur ce qu'est aujourd'hui la République populaire de Chine. Premièrement, la campagne pour restaurer le capitalisme rencontre une forte résistance de la classe ouvrière. Deuxièmement, la peur de l'agitation sociale freine les tendances restaurationnistes au sein de la bureaucratie au pouvoir.
L'impérialisme américain est déterminé à détruire la Révolution de 1949 d'une manière ou d'une autre et à réduire à nouveau la Chine à un statut d'asservissement semi-colonial. A cette fin, la classe dirigeante américaine combine l'exploitation des ouvertures économiques offertes par Pékin et l'accroissement de la pression militaire. Le Pentagone a récemment augmenté son aide militaire à Taïwan, un Etat capitaliste maintenu depuis plus d'un demi-siècle comme bastion anticommuniste. Les Etats-Unis, en résultat de leur guerre contre l'Afghanistan, ont accru leur présence militaire dans les territoires asiatiques entourant la Chine, au nom de la « guerre planétaire contre le terrorisme ». Ceci s'ajoute à plus de 80 000 soldats stationnés en Corée du Sud et au Japon, qui constituent une épée de Damoclès visant les Etats ouvriers déformés chinois, nord-coréen et vietnamien. Bush met en œuvre son projet de système de « défense antimissiles » pour faciliter une première frappe nucléaire contre la Chine, qui possède un arsenal limité mais efficace d'armes nucléaires à longue portée. La provocation de l'avion-espion américain qui s'est déroulée l'année dernière est emblématique du bellicisme américain envers la Chine, et elle a provoqué dans la population chinoise une vague de colère contre l'impérialisme US.
La Ligue communiste internationale se prononce pour la défense militaire inconditionnelle de l'Etat ouvrier déformé chinois contre l'impérialisme et la contre-révolution capitaliste. C'est au prolétariat chinois qu'il incombe de balayer la bureaucratie stalinienne, qui a gravement sapé le système de propriété nationalisée hérité de la Révolution de 1949. Comme nous l'écrivions dans un article intitulé « Révolte des mineurs chinois contre les "réformes de marché" » (le Bolchévik n° 153, été 2000), écrit après la révolte de 20 000 mineurs et de leurs familles dans le nord-est de la Chine :
« La bureaucratie qui pave la voie à la contre-révolution capitaliste prépare simultanément le terrain à une nouvelle explosion révolutionnaire prolétarienne – non pas une révolution sociale qui renverserait les bases économiques de la société, comme en 1949, mais une révolution politique pour chasser l'oligarchie dirigeante parasite et placer le pouvoir politique entre les mains de conseils (soviets) d'ouvriers, de paysans et de soldats. La tâche urgente à laquelle le prolétariat est confronté est de construire un parti léniniste-trotskyste, partie intégrante d'une Quatrième Internationale trotskyste reforgée, pour préparer et diriger cette révolution politique à la tête des masses et canaliser les luttes ouvrières spontanées et localisées vers la prise du pouvoir politique. »
Bolchévisme contre stalinisme
Dans un article perspicace publié dans la revue Nation (4 mars), Jiang Xueqin, qui a passé plusieurs mois à parcourir la Chine, écrit que « contrairement à l'idée répandue en Occident que les Chinois ordinaires profitent du marché libre, les Chinois estiment que leur gouvernement et l'élite de la nation complotent pour les vendre pour une bouchée de pain aux impérialistes, c'est-à-dire aux Américains. La frustration engendrée par la politique économique du gouvernement est maintenant inextricablement mêlée à un sentiment anti-occidental qui se développe rapidement. » Jiang note également que feu Mao Zedong est une figure « de plus en plus populaire ». De fait, les manifestants qui défilaient en avril à Liaoyang brandissaient des portraits de Mao, comme l'avaient fait les ouvriers sur la place Tiananmen en 1989.
L'époque de Mao peut assurément apparaître comme égalitaire comparée à aujourd'hui, où des cadres dirigeants dépensent l'équivalent du revenu annuel d'un ouvrier retraité pour un banquet avec des businessmen de Hongkong ou d'Amérique. La Révolution de 1949 est un souvenir vivant pour les familles chinoises, qui ont presque toutes des parents ou des grands-parents ayant connu la meurtrière occupation japonaise et la guerre civile contre le régime haï du Guomindang de Chiang Kai-shek (Tchang-Kaï-chek), qui était soutenu par l'impérialisme américain.
Mais il est vital de comprendre le caractère antiprolétarien du régime du PCC de Mao. La Révolution chinoise était fondamentalement différente de la révolution d'Octobre 1917 en Russie, qui avait été accomplie par un prolétariat conscient, sous la direction du Parti bolchévique de Lénine et Trotsky. La révolution d'Octobre avait instauré un gouvernement basé sur la démocratie prolétarienne – le pouvoir des soviets (conseils) d'ouvriers, de paysans et de soldats. Les bolchéviks voyaient la révolution dans la Russie arriérée comme le premier pas d'une révolution socialiste mondiale, particulièrement dans les pays capitalistes avancés.
Cependant, la défaite en 1923 de la Révolution allemande tant attendue démoralisa la classe ouvrière soviétique, qui avait été décimée par la destruction de l'industrie et de l'infrastructure qu’avaient provoquée la Première Guerre mondiale et la guerre civile sanglante de 1918-1920. Avec la fin de la guerre civile, les tendances bureaucratiques dans le parti et l'administration d'Etat commencèrent à se cristalliser dans une couche bureaucratique. En 1923, Lénine était de plus en plus diminué physiquement. La bureaucratie du parti en plein développement, contrôlée par J.V. Staline, commençait à prendre conscience d’elle-même. A l'automne de cette année, une Opposition de gauche hétéroclite, dirigée par Léon Trotsky, ouvrit les hostilités contre la montée du bureaucratisme et réclama un programme d'industrialisation planifiée. Le débat qui s'ensuivit dans la presse du parti fut bientôt étouffé. La Conférence du Parti convoquée pour janvier 1924 fut tellement truquée qu'il ne fut accordé à l'Opposition que trois délégués alors même qu'elle avait remporté 25 à 30 % des voix dans les organisations du parti de Moscou et de Pétrograd.
Même si cela n'apparut de façon claire que rétrospectivement, cette conférence marqua le début du Thermidor soviétique, le point décisif où la caste bureaucratique confisqua le pouvoir politique à la classe ouvrière soviétique (voir « Bilan critique – Trotsky et l'Opposition de gauche russe », Spartacist édition française n° 34, automne 2001). A partir de ce moment, ceux qui dirigeaient l'URSS, la manière dont l'URSS était dirigée, et les objectifs en vue desquels elle était dirigée, tout cela changea. La vision nationaliste de la bureaucratie trouva son expression dans la proclamation par Staline à l’automne 1924 de la « théorie » antimarxiste du « socialisme dans un seul pays ».
Contrairement à la Révolution bolchévique de 1917, la Révolution de 1949 en Chine fut le résultat d'une guerre de guérilla victorieuse dirigée par le PCC et l'Armée populaire de libération (APL), qui exclut dès le début le prolétariat du pouvoir politique. A la différence de la bourgeoisie russe, qui avait été de facto détruite en tant que classe possédante, la bourgeoisie chinoise a réussi à survivre en tant que classe cohérente en s'installant à Taïwan, à Hongkong et d'autres endroits dans la zone du Pacifique sous la protection de l'impérialisme américain et britannique. La Révolution chinoise n'en fut pas moins une énorme défaite pour les impérialistes, défaite confirmée par l'intervention de l'APL dans la guerre de Corée en 1950-1953, qui empêcha que la Corée du Nord soit submergée par les impérialistes américains et leur régime fantoche de la Corée du Sud.
La banqueroute du maoïsme
Marqué par un volontarisme et un aventurisme économique extrêmes, le pouvoir maoïste chercha à transformer le pays pauvre qu'était la Chine en une puissance mondiale « socialiste » au moyen de l'autarcie économique dans le cadre d'une économie bureaucratiquement centralisée. Dans cette perspective nationaliste étaient contenus les germes de la mise en œuvre des « réformes de marché » par la bureaucratie sous le règne de Deng Xiaoping, qui, lui aussi, cherchait à hisser la Chine au statut de « grande puissance ». Aujourd'hui, le noyau central de la bureaucratie ne garde aucun attachement subjectif à l'ordre socialiste ; elle préserve la propriété collectivisée uniquement dans la mesure où elle craint le prolétariat.
L'époque de Mao était loin d'être égalitaire et socialiste. Le « grand bond en avant » fut une tentative d'industrialisation à marche forcée en utilisant le travail des seules masses paysannes. Un épisode caractéristique fut la construction de milliers de petits « hauts fourneaux des cours de ferme » dans les villages. Cette aventure économique se termina par un effondrement économique total, et conduisit à une famine dévastatrice. La « grande révolution culturelle prolétarienne » de Mao en 1966-1976 – une lutte de factions convulsive au sein de la bureaucratie, lancée par Mao pour regagner l'autorité qu'il avait perdue après le fiasco du « grand bond en avant » – désorganisa l'économie et mit l'éducation au point mort. Le caractère antiprolétarien de la « révolution culturelle » se manifesta notamment par le recours aux « gardes rouges » pour briser une grève générale menée par les cheminots à Shanghaï en 1967. Confrontée aux ravages provoqués par les « dix années perdues », la bureaucratie, deux ans après la mort de Mao en 1976, se tourna vers Deng Xiaoping, qui engagea les « réformes de marché » au nom de la modernisation du pays.
Bien que Mao et Deng soient souvent présentés comme radicalement opposés, ils sont en fait les deux faces de la même médaille, comme on l'a vu avec l'alliance antisoviétique de la Chine avec l'impérialisme US. Après plusieurs années d'affrontements nationalistes entre les bureaucraties de Moscou et de Pékin, Mao déclara à la fin des années 1960 que le « social-impérialisme soviétique » représentait un danger encore plus grand que les Etats-Unis. En 1972, Mao accueillait en grande pompe le président américain Richard Nixon à Pékin, au moment même où les avions américains bombardaient le Vietnam. Renforçant cette alliance, le régime de Deng travailla en tandem avec la CIA pour aider les tueurs moudjahidins afghans qui combattaient contre la présence de l'armée soviétique en Afghanistan dans les années 1980 (voir « China and the US "War on Terror" » [« La Chine et la "guerre contre le terrorisme" américaine », Workers Vanguard n° 776, 8 mars]). L'alliance antisoviétique de la Chine avec les Etats-Unis apporta une contribution cruciale aux efforts de l'impérialisme pour détruire l'Etat ouvrier dégénéré soviétique, qui constituait le contre-poids militaire à l'impérialisme US. Cette alliance antisoviétique a aussi jeté les bases de la pénétration économique impérialiste dans l'Etat ouvrier déformé chinois.
Actuellement, le régime de Pékin prêche que la Chine doit devenir une puissance forte et moderne à travers une plus grande intégration dans le marché mondial capitaliste. Ce rêve nationaliste vise à tromper les masses qui se détournent de plus en plus de la bureaucratie. Il sert aussi à tisser des liens commerciaux et en fin de compte politiques et sociaux avec la bourgeoisie chinoise expatriée. Depuis le début des « réformes de marché », le régime de Deng a fait appel avec insistance aux capitalistes chinois. Les ZES ont été établies initialement près de Hongkong et de Macao et le long de la côte en face de Taïwan, dans le but d'encourager les investissements des capitalistes chinois expatriés, qui conservent des liens linguistiques et familiaux avec ces régions. Après 1979, la bourgeoisie expatriée représentait 80 % des investissements étrangers en Chine continentale, et elle en représente aujourd'hui plus de la moitié. Les liens de la classe capitaliste chinoise expatriée avec le continent constituent un canal utile pour les investissements occidentaux et japonais en Chine.
La plus grande partie des investissements du capital chinois a été réalisée en partenariat avec les « princes héritiers », les fils et les filles des grosses légumes du gouvernement de Pékin et des hauts responsables du PCC. Jasper Becker, dans son livre The Chinese (Free Press [2000]), décrit ainsi la couche des jeunes Chinois privilégiés qui ont étudié à l'étranger :
« Ils sont passés par les mêmes universités américaines que les enfants des capitalistes et des responsables du KMT [Guomindang] qui ont fui à Hongkong ou à Taïwan en 1949, et ils partagent maintenant le même mode de vie et les mêmes aspirations. Beaucoup soit possèdent leurs propres entreprises, soit sont associés dans des joint-ventures avec ces capitalistes chinois expatriés. Ils voyagent à l'étranger, ont souvent une grande partie de leur fortune mise à l'abri à l'étranger, ou possèdent un passeport étranger. On peut se demander ce qu'ils feront de leur fortune et de leur pouvoir quand les anciennes générations quitteront la scène, mais il est possible qu'ils puissent conduire la Chine dans la direction politique qu'ont inaugurée Taïwan et Hongkong. »
http://www.icl-fi.org/francais/oldsite/Chine160-161.HTM
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La bureaucratie chinoise encourage un nationalisme réactionnaire - Le nouvel élan de l’impérialisme japonais provoque des manifestations en Chine (2005)

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Le Bolchévik nº 172 juin 2005
La bureaucratie chinoise encourage un nationalisme réactionnaire
Le nouvel élan de l’impérialisme japonais provoque des manifestations en Chine
A bas l’alliance contre-révolutionnaire USA/Japon ! Pour la défense militaire inconditionnelle de l’Etat ouvrier déformé chinois !
La campagne du référendum a été marquée par une débauche de propagande protectionniste anti-chinoise à propos des importations de textiles. Les industriels français du textile, représentés au MEDEF par Sarkozy frère, qui ont licencié en France des centaines de milliers de travailleurs depuis vingt ans, hurlent maintenant parce qu’ils ont délocalisé leurs usines en Europe de l’Est et au Maghreb au lieu de la Chine, et de ce fait ont pris du retard par rapport à leurs rivaux qui ont su investir en Chine. Cette campagne n’a rien à voir avec la défense des travailleurs en France.
Le gouvernement, en campagne pour le « oui », avait cru bon d’utiliser l’affaire du textile chinois pour présenter l’Union européenne comme un rempart protégeant les travailleurs d’Europe contre la « mondialisation ». Les tenants du « non de gauche », comme d’ailleurs du non d’extrême droite, n’avaient pas grand-chose à y rétorquer puisque tout l’axe de leur campagne contre la « Constitution » était de lutter contre la « concurrence libre et non faussée » inscrite dans le traité constitutionnel.
Une jeune étudiante chinoise, Li li Whuang, est en prison depuis le 29 avril, accusée dans une soi-disant affaire d’espionnage contre l’équipementier automobile Valeo. Le mouvement ouvrier devrait s’opposer à cette chasse aux sorcières : c’est le genre de campagne raciste qui prépare des pogromes ici contre les travailleurs d’origine chinoise, qui par dizaines de milliers sont sans papiers, férocement exploités dans des ateliers de confection. Apparemment le dossier contre Li li Whuang est vide, mais de toutes façons pour nous trotskystes l’espionnage pour le compte d’un Etat ouvrier déformé n’est pas un crime contre la classe ouvrière internationale. Nous exigeons la libération immédiate de Li li Whuang !
26 avril – Depuis un mois, des dizaines de milliers de manifestants anti-japonais sont descendus dans les rues de plusieurs villes chinoises, aux quatre coins du pays. Ces manifestations ont été provoquées par l’approbation à Tokyo de nouveaux manuels d’histoire destinés aux collèges, qui escamotent les atrocités perpétrées dans le passé par l’impérialisme japonais. Le « viol de Nankin » en 1937, quand 300 000 Chinois ont été massacrés par la soldatesque japonaise, est désormais présenté comme « un incident ». L’asservissement de plus de 200 000 « femmes de réconfort » coréennes et chinoises, contraintes de servir d’esclaves sexuelles dans les bordels de l’armée japonaise pendant la Deuxième Guerre mondiale, a été effacé de l’histoire.
La réécriture de l’histoire dans les manuels japonais est une provocation non seulement contre l’Etat ouvrier déformé chinois, mais aussi contre les travailleurs de l’Asie entière – et de fait, elle a provoqué des manifestations en Corée du Sud. C’est la dernière en date d’une série de provocations de l’impérialisme japonais contre la Chine, après la récente déclaration proclamant l’intention du Japon d’effectuer des forages pétroliers et gaziers autour des îles Diaoyutai revendiquées par la Chine. La plus significative a été la publication en février dernier d’une déclaration politique commune des Etats-Unis et du Japon affirmant que Taïwan est « une préoccupation de sécurité commune ». La plupart des manifestations chinoises, qui pour l’instant se sont pour l’essentiel arrêtées, ont été tacitement organisées ou approuvées par le gouvernement en réponse aux provocations du Japon. La bureaucratie a autorisé la poursuite des manifestations – tout en s’employant anxieusement à en garder le contrôle – pour détourner l’attention de l’agitation sociale grandissante qui ronge le tissu même de la société chinoise. Comme l’expliquait un manifestant de Shanghaï : « Les gens participent à cette manifestation parce qu’on ne les autorise pas à protester contre quoi que ce soit d’autre » (New York Times, 17 avril).
Mais ces manifestations, qui ont duré plus longtemps que toutes les autres grandes manifestations publiques en Chine depuis la révolte de Tiananmen en 1989, encouragent une réponse nationaliste aux provocations du Japon – c’est-à-dire dirigée non pas contre la classe dirigeante capitaliste du Japon, mais contre la population japonaise tout entière, les travailleurs comme leurs oppresseurs capitalistes. « Cochons japonais, dehors ! », criaient les manifestants chinois qui saccageaient des magasins japonais. Une expression de ce nationalisme a été l’appel à boycotter les entreprises et les produits japonais.
Le poison nationaliste encouragé par la bureaucratie stalinienne chinoise représente un grave danger pour les acquis de la Révolution chinoise de 1949 elle-même. Opposée qu’elle est à l’unité de classe entre les prolétariats chinois et japonais, la bureaucratie veut réaliser l’unité de tout le peuple chinois, y compris les capitalistes chinois de Taïwan et de Hongkong, contre tout le peuple japonais. Ceci a été clairement exprimé dans une récente manifestation à Hongkong, où les manifestants anti-japonais portaient le drapeau taïwanais du Guomindang, qui représente les capitalistes et les propriétaires fonciers ayant fuit la révolution. Pour la première fois depuis la guerre civile, le gouvernement chinois a récemment reçu une délégation du Guomindang venue de Taïwan ; en affichant ainsi leur attachement à l’« unité » chinoise contre le Parti progressiste démocratique taïwanais favorable à l’indépendance de l’île, les staliniens chinois montrent à quel point le nationalisme et la collaboration de classes sont profondément ancrés chez eux.
Les acquis de la Révolution chinoise – avant tout l’économie nationalisée et collectivisée – représentent une avancée historique non seulement pour les ouvriers et les paysans chinois, mais aussi pour le prolétariat du monde entier. L’expropriation des capitalistes et la mise en place d’une économie socialisée ont représenté une immense avancée par rapport à l’asservissement impérialiste et à l’effroyable oppression que subissaient jadis les masses chinoises, et ont jeté la base d’un bond formidable dans le développement économique. Et avec l’extension internationaliste de la révolution, elles pourraient jeter la base de la construction, dans l’avenir, d’une société socialiste.
Mais la Chine, depuis le début, est un Etat ouvrier déformé, dans lequel une caste conservatrice de bureaucrates, qui gouverne dans son propre intérêt étroit, bloque le développement vers une société socialiste sans classes. Depuis Mao Zedong (et y compris sous son règne), ces dirigeants bureaucrates ont colporté le dogme stalinien nationaliste de la construction du « socialisme dans un seul pays ». Répudiant en tous points le marxisme, les staliniens ont prêché tout au long de leur histoire la conception inepte que le socialisme pouvait être construit dans un seul pays – fût-il aussi arriéré matériellement que la Chine – si seulement une intervention militaire impérialiste pouvait être évitée.
Un des aspects des manifestations récentes en Chine a été l’opposition aux tentatives du Japon d’obtenir un siège de membre permanent au Conseil de sécurité des Nations Unies. Pour le gouvernement chinois, cette question fait partie de ses manœuvres, dans le cadre de la « coexistence pacifique » avec l’impérialisme mondial, entre les puissances impérialistes prétendument « progressistes » ou « réactionnaires ». Par exemple, la Chine soutient les efforts de l’Allemagne pour obtenir un siège de membre permanent. La vérité est que l’ONU n’est pas autre chose qu’un nid de brigands impérialistes et de leurs victimes. Depuis la guerre de Corée jusqu’aux sanctions contre l’Irak qui ont tué plus d’un million et demi de personnes, l’ONU a montré qu’elle était une ennemie des travailleurs et des opprimés du monde entier.
L’internationalisme prolétarien révolutionnaire, et non la collaboration de classes nationaliste, est essentiel pour faire avancer les intérêts des travailleurs chinois en défendant les acquis de la Révolution chinoise, et ceux des travailleurs japonais dans leur lutte contre un impérialisme japonais revanchard. Le 13 mars dernier, dans un communiqué commun des sections japonaise et américaine de la Ligue communiste internationale contre l’accord contre-révolutionnaire entre les Etats-Unis et le Japon sur Taïwan (Workers Vanguard n° 844, 18 mars), nous écrivions :
« La Spartacist League/U.S. et le Groupe spartaciste Japon […] se prononcent pour la défense militaire inconditionnelle de la Chine et de la Corée du Nord – comme nous le faisons pour les derniers autres Etats ouvriers déformés, le Vietnam et Cuba – contre les agressions impérialistes et la contre-révolution capitaliste intérieure […].
« Depuis la Révolution chinoise de 1949, d’où l’Etat ouvrier déformé chinois a émergé, Taïwan est pour l’impérialisme US un avant-poste de ses menées contre-révolutionnaires, de ses menaces militaires et de ses ingérences dans les affaires intérieures chinoises par l’entremise de la bourgeoisie chinoise fantoche. Depuis des temps immémoriaux, Taïwan fait partie de la Chine, et nous, trotskystes, serons aux côtés de la Chine dans l’éventualité d’un conflit militaire avec l’impérialisme sur la question de Taïwan […].
« Nous sommes opposés au plan des staliniens de réunification avec Taïwan, selon la formule “un pays, deux systèmes”. Nous avançons au contraire un programme pour la réunification révolutionnaire de la Chine, qui requiert une révolution politique ouvrière contre la bureaucratie stalinienne sur le continent, une révolution socialiste prolétarienne à Taïwan pour renverser et exproprier la bourgeoisie, et l’expropriation des capitalistes de Hongkong. »
Pour l’internationalisme révolutionnaire !
Le dogme du « socialisme dans un seul pays » signifie l’opposition à la perspective de la révolution ouvrière au niveau international, et la conciliation de l’impérialisme mondial. Les manifestations récentes, par exemple, étaient exclusivement dirigées contre le Japon, exonérant ainsi les crimes de l’impérialisme US. (Apparemment, Pékin considère que dans l’alliance militaire entre les Etats-Unis et le Japon, Tokyo est la cible la plus facile.) Ceci reflète et alimente l’illusion répandue en Chine que les Etats-Unis sont une puissance impérialiste plus inoffensive. Ce sont pourtant les Etats-Unis qui en 1945 sont devenus le seul pays à jamais avoir utilisé des armes nucléaires, provoquant ainsi la mort de plusieurs centaines de milliers de civils japonais à Hiroshima et Nagasaki. Ces bombardements étaient un avertissement à l’Etat ouvrier dégénéré soviétique. Pendant la guerre de Corée, au début des années 1950, l’impérialisme US a été responsable de la mort d’environ trois millions de Coréens. Les sacrifices héroïques consentis par la Chine ont défendu l’Etat ouvrier déformé nord-coréen et ont empêché les forces américaines – qui combattaient sous le drapeau des Nations Unies – de mettre la main sur la totalité de la péninsule coréenne et d’en faire une néocolonie des Etats-Unis. Pendant la guerre du Vietnam, qui s’est achevée en 1975, plus de trois millions de Vietnamiens ont été assassinés par les efforts désespérés de l’impérialisme US pour écraser la révolution sociale dans ce pays.
Beaucoup de gens en Chine ont des illusions sur la nature de l’impérialisme US parce qu’il a combattu le Japon pendant la Deuxième Guerre mondiale. Les staliniens, qui présentent la Deuxième Guerre mondiale comme une « guerre contre le fascisme », s’étaient alliés avec les puissances impérialistes bourgeoises démocratiques – principalement les Etats-Unis et la Grande-Bretagne – contre l’Allemagne, l’Italie et le Japon.
Au contraire, les trotskystes savaient que le carnage inter-impérialiste de la Deuxième Guerre mondiale était un conflit pour la redivision des ressources mondiales de main-d’œuvre bon marché et de matières premières, dans l’intérêt des profits capitalistes. Pendant la Deuxième Guerre mondiale, la Quatrième Internationale, fondée par le dirigeant bolchévique Léon Trotsky et qui se basait sur l’internationalisme prolétarien, luttait pour la défaite révolutionnaire de tous les pays impérialistes. Simultanément, elle s’était prononcée pour la défense militaire inconditionnelle de l’Etat ouvrier dégénéré soviétique contre l’impérialisme, et soutenait l’autodétermination des colonies contre leur asservissement par les impérialistes, ceux de l’Axe comme ceux des Alliés.
Pendant l’occupation de la Chine par le Japon, qui a commencé au début des années 1930, les trotskystes donnaient un soutien militaire aux forces de la résistance chinoise, tout en s’opposant politiquement aux forces bourgeoises du Guomindang de Chiang Kai-shek. Avec l’entrée des Etats-Unis dans la guerre du Pacifique, l’effort de guerre du Guomindang se retrouvait subordonné de façon décisive aux intérêts de l’impérialisme US, au point que les responsables américains avaient le dernier mot sur le déploiement des forces du Guomindang. Dans ces conditions, il devenait nécessaire de préconiser une position de défaitisme révolutionnaire – pour la défaite des deux camps par la lutte de classe révolutionnaire – tant envers les USA et le Guomindang qu’envers le Japon, tout en donnant un soutien militaire aux forces du Parti communiste de Mao, qui n’étaient pas subordonnées militairement à l’impérialisme US (voir « Révolution permanente contre “front unique anti-impérialiste” – Les origines du trotskysme chinois », Spartacist édition française n° 31, automne 1997).
Un des articles de foi de la vision nationaliste des bureaucrates staliniens est que les travailleurs des pays capitalistes avancés ont été tellement corrompus par leurs exploiteurs que la lutte de classe révolutionnaire y est un rêve utopique (ou trotskyste). Pourtant, on voit au Japon des signes d’opposition à la résurgence du militarisme, y compris au sein de la classe ouvrière organisée. En 2001, environ 200 dockers du port de Sasebo, à Nagasaki, ont refusé de charger des armes et des fournitures militaires sur des navires de guerre de la marine japonaise destinées à aider les Etats-Unis dans leur guerre terroriste menée contre l’Afghanistan. Plus récemment, des centaines d’enseignants ont été licenciés ou sanctionnés pour avoir refusé de se lever pour l’Hinomaru (le drapeau national) et de chanter le Kimigayo (l’hymne national), des symboles du militarisme japonais. Ces actions ont été menées contre l’avis des dirigeants pro-impérialistes des trois principales fédérations syndicales – dont celles affiliées au Parti communiste japonais et au Parti social-démocrate – et représentent un défi frontal aux appels à l’« unité nationale » de la bourgeoisie japonaise.
Avec la multiplication des manifestations anti-japonaises en Chine, l’administration du Premier ministre japonais Junichiro Koizumi a enchaîné les provocations anti-chinoises. Avec arrogance, Koizumi a admonesté le peuple chinois en lui enjoignant d’être « plus adulte », de garder « la tête froide », et a suivi l’exemple du président Bush en réussissant à faire pression sur l’Union européenne pour qu’elle maintienne son embargo sur les ventes d’armes à la Chine.
Les provocations de l’impérialisme japonais sont encouragées par l’impérialisme US. L’été dernier, le secrétaire d’Etat de l’époque, Colin Powell, affirmait le soutien américain à la campagne du Japon pour obtenir un siège au Conseil de sécurité de l’ONU, tout en notant que l’Article 9 de la constitution imposée par les Etats-Unis, qui interdit au Japon d’engager des opérations militaires à l’extérieur, « devrait être examiné sous cet éclairage » (AFP édition anglaise, 13 août 2004). Plus récemment, il a été proposé de transférer le quartier général du 1er corps de l’armée américaine actuellement situé aux Etats-Unis, à Yokohama, au sud de Tokyo, où selon le Guardian de Londres (19 avril), « l’objectif principal de son déploiement avancé sera probablement la défense de Taïwan, les défis régionaux représentés par l’expansion militaire chinoise, et le face-à-face nucléaire avec la Corée du Nord. »
Les provocations du Japon et les manifestations en Chine ont été utilisées par l’extrême droite chauvine comme un feu vert pour terroriser les Chinois résidant au Japon. Les missions diplomatiques chinoises et d’autres institutions liées à la Chine ont été attaquées ou saccagées. Il y a eu des alertes à la bombe au consulat général de Chine à Fukuoka, une alerte à l’anthrax à l’ambassade chinoise de Tokyo, et une douille de balle de revolver a été envoyée au consulat chinois d’Osaka avec une lettre menaçant les citoyens chinois d’actes de violence. Le 10 avril, des coups de feu ont été tirés contre les bureaux de la Banque de Chine à Yokohama.
Finalement, le 22 avril, au sommet Asie-Afrique qui se tenait en Indonésie, Koizumi a cherché à désamorcer les tensions avec la Chine en offrant de vagues excuses pour les « dommages et souffrances terribles » provoqués par le pouvoir colonial japonais. (Le même jour, un membre du gouvernement Koizumi, avec 80 autres politiciens, effectuait un pèlerinage au sanctuaire de Yasukuni, un symbole du militarisme japonais qui honore la mémoire, entre autres, de criminels de guerre de la Deuxième Guerre mondiale.) La semaine dernière, des personnalités japonaises de poids se sont inquiétées que le maintien de la tension nuise au commerce japonais, tandis que le ministre du Commerce chinois déclarait que le boycott des produits japonais serait dommageable aux intérêts économiques des deux pays. La Chine est aujourd’hui le premier partenaire commercial du Japon, et environ 18 000 sociétés japonaises ont créé des filiales en Chine. Comme l’explique le New York Times (23 avril), l’« interdépendance économique croissante » entre la Chine et le Japon « a ces derniers jours assoupli leurs positions ».
L’impérialisme japonais est déterminé à se débarrasser des contraintes du syndrome de la « nation vaincue », avec lequel il est sorti de la Deuxième Guerre mondiale. Pour ce faire, la classe dirigeante cherche à imposer une politique d’austérité économique à l’intérieur, à attiser le poison nationaliste et à renforcer l’appareil répressif nécessaire pour maintenir la loi et l’ordre capitalistes. Les nouvelles directives de défense ne se contentent pas de cibler les Etats ouvriers déformés chinois et nord-coréen ; elles renforcent aussi l’arsenal de répression d’Etat contre le mouvement ouvrier. Il y a parmi les travailleurs du Japon un mécontentement considérable et un vrai désir de lutter contre l’austérité économique, la discrimination, l’aggravation de la répression d’Etat et la guerre. Cette colère et cette combativité doivent être dirigées vers la construction d’un parti révolutionnaire trotskyste, qui fera le lien entre le combat pour la révolution socialiste au Japon et la défense militaire inconditionnelle des Etats ouvriers déformés chinois et nord-coréen.
Chine : pour la révolution politique ouvrière !
Parlant pour beaucoup de ses congénères dans la bureaucratie stalinienne chinoise, Li Rui, ancien secrétaire de Mao Zedong, a fait cet aveu d’une franchise abrupte : « Personne ne comprend le marxisme. C’est ridicule. Les idéaux du passé n’existent plus. Il est donc juste de se tourner vers le nationalisme. C’est le moyen par lequel le parti peut maintenir son système et son idéologie » (l’Observer de Londres, 17 avril). En même temps qu’une défense cynique du nationalisme comme moyen efficace de manipuler les masses, cette déclaration reflète une assimilation abusive et très courante entre marxisme et maoïsme. En réalité, le contraste violent qu’on établit souvent entre la politique de Mao et celle de son successeur Deng Xiaoping est fondamentalement faux.
Dans le cadre nationaliste du « socialisme dans un seul pays », les régimes de Mao et de Deng ont suivi des politiques différentes dans des contextes internationaux différents. Cependant, à un égard très important, leurs politiques étaient essentiellement identiques : l’alliance avec l’impérialisme US contre l’Union soviétique. Cette alliance avait été scellée en 1972, quand le président américain Richard Nixon a donné l’accolade au président Mao au moment même où les avions américains faisaient pleuvoir leurs bombes sur le Vietnam. Le rapprochement de l’impérialisme US avec la bureaucratie maoïste sur la base d’une hostilité partagée envers l’Union soviétique a conduit à la reconnaissance de la République populaire de Chine et à l’attribution d’un siège pour la Chine aux Nations Unies aux dépens de Taïwan.
L’alliance avec les Etats-Unis a été poursuivie et approfondie sous Deng. En 1979, il a ordonné à l’Armée populaire de libération (APL) d’envahir le Vietnam, le principal allié soviétique en Extrême-Orient, avec l’approbation et l’encouragement de Washington. Les Vietnamiens ont résisté efficacement et infligé de lourdes pertes – 20 000 hommes – à l’APL, qui a battu en retraite en repassant la frontière. (Puisqu’on parle de tripatouillage des manuels d’histoire, ce chapitre peu reluisant a été pratiquement escamoté par les staliniens chinois.) Pendant les dernières années de la guerre froide, dans les années 1980, la Chine a encouragé l’impérialisme américain à affaiblir et à miner l’Union soviétique – par exemple en aidant les coupe-jarrets moudjahidin qui combattaient les troupes soviétiques en Afghanistan – favorisant ainsi la campagne contre-révolutionnaire qui a anéanti ce qui restait des acquis de la Révolution russe de 1917.
Après avoir détruit l’Union soviétique, la patrie de la seule révolution ouvrière victorieuse, les impérialistes sont aujourd’hui déterminés à restaurer le capitalisme en Chine. A cette fin, ils poursuivent une double stratégie : pénétration économique pour renforcer les forces intérieures de la contre-révolution capitaliste, combinée avec une pression militaire et la menace d’une intervention armée. Les bureaucrates staliniens encouragent en fait les impérialistes par leur politique de trahison : autorisation d’investissements capitalistes massifs combinée avec une quête futile d’une « coexistence pacifique » avec les impérialistes.
Mais malgré les « réformes de marché » de la bureaucratie, le noyau de l’économie chinoise reste collectivisé. En outre, la politique économique du régime du Parti communiste est encore contrainte par la peur d’une agitation sociale – et en particulier ouvrière – qui pourrait le renverser. Cela a été à deux doigts de se produire en 1989, quand des manifestations pour la libéralisation politique et contre la corruption centrées sur les étudiants ont été le déclencheur d’une révolte ouvrière spontanée, qui devait être ensuite réprimée par le régime dans un terrible bain de sang.
La Chine est aujourd’hui une poudrière de tensions sociales prête à exploser. D’après les statistiques gouvernementales, le nombre de manifestations a augmenté de 15 % l’année dernière, et s’est élevé à 58 000. Des millions de fermiers pauvres et d’ouvriers urbains ont bloqué des routes, organisé des grèves ou manifesté contre la corruption des responsables, les confiscations de terres, la destruction de l’environnement, les licenciements et le chômage, des conditions de travail misérables et l’écart croissant entre la richesse urbaine et la pauvreté rurale. A la mi-avril, les habitants de Dongyang, dans le sud-est de la Chine, furieux du refus du gouvernement de prendre des mesures contre la pollution des usines voisines, ont chassé 1 000 policiers anti-émeute et pris le contrôle de la ville. Au même moment, près de 2 000 anciens soldats de l’APL ont organisé à Pékin une série de manifestations pour protester contre le niveau insuffisant de leurs retraites. Plus récemment, environ 10 000 ouvriers de l’usine d’appareils électroniques Uniden de Shenzen, près de Hongkong, construite avec des capitaux japonais, ont fait grève pour exiger le droit de se syndiquer. La grève a pris fin le 23 avril. Révélant comment la bureaucratie chinoise joue le rôle de fournisseur de main-d’œuvre pour les bourgeoisies impérialistes qui investissent en Chine, un gréviste déclarait au Washington Post (26 avril) : « Certains responsables syndicaux nous ont dit que nous devions coopérer, car sinon les investisseurs pourraient se retirer et aller investir ailleurs, et nous perdrions tous notre travail. »
Par sa politique de « réformes de marché », la bureaucratie chinoise renforce les forces de la contre-révolution en permettant aux impérialistes de pénétrer économiquement l’Etat ouvrier. En même temps, cette politique augmente la puissance sociale du prolétariat industriel. Les alternatives auxquelles la Chine est confrontée sont la contre-révolution capitaliste ou la révolution politique prolétarienne pour chasser la bureaucratie stalinienne et la remplacer par des soviets d’ouvriers et de paysans démocratiquement élus, organes du pouvoir prolétarien. Un parti léniniste-trotskyste est nécessaire pour apporter aux travailleurs chinois une stratégie internationaliste prolétarienne révolutionnaire. Il n’y a pas de voie nationalement limitée vers le socialisme en Chine. La modernisation de la Chine – fournir la base pour une vie décente à tous ses habitants sur la base de l’accès à la technologie avancée et aux ressources productives actuellement concentrées en Amérique du Nord, en Europe de l’Ouest et au Japon – requiert l’extension internationale de la révolution socialiste, essentiellement à ces puissances impérialistes, jetant ainsi la base d’une économie socialiste planifiée internationale. Ceci requiert de reforger la Quatrième Internationale de Trotsky, pour la révolution socialiste mondiale.
– Traduit de Workers Vanguard n° 847, 29 avril
http://www.icl-fi.org/francais/lebol/172/chine.html
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